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Débat : et si Google était un service public ?

Google, gratuit, est-il un vrai service public d'accès au savoir ? Visual Hunt

Débat : et si Google était un service public ?

La Commission européenne et plusieurs gouvernements européens, dont le gouvernement français, se sont mis en tête de faire payer des impôts à Google.

On ne peut qu’approuver l’idée selon laquelle les multinationales – toutes spécialités confondues – devraient payer des impôts comme toutes les autres entreprises. On peut même se demander ce qui se serait passé si elles avaient payé leur part d’impôts depuis trente ou quarante ans.

Privés de leur remarquable capacité à faire de l'optimisation fiscale en toute légalité, elles n’auraient sans doute pas pu croître et prospérer autant qu’elles l’ont fait. Peut-être même n’auraient-elles pas pu remplacer les entreprises plus petites et plus locales par des monopoles et des oligopoles mondiaux. C’est que l’internationalisation coûte cher et présente des risques considérables.

Il n’est pas douteux que l’optimisation fiscale a largement compensé les coûts et les risques de l’ expansion des grandes entreprises au-delà de leur pays d’origine. On peut aussi prédire que, taxés autant que les petites entreprises, plusieurs de ces mammouths pourraient s’effondrer sous le poids financier de leurs coûts de coordination interne.

Il est donc légitime, utile, et urgent, de taxer les multinationales. Mais pourquoi s’acharner particulièrement sur Google ?

Service gratuit vs services publics payants

Je n’ai aucune action de cette entreprise et je n’ai strictement aucun intérêt à la défendre, mais j’en suis un utilisateur quotidien et satisfait. Dix à vingt fois par jour, je fais une recherche sur Google. Ça ne me coûte strictement rien et c’est pour moi un service d’une qualité et d’une utilité sans bornes. Google ne paie pas assez d’impôts, certes, mais quel service public !

Avoir une télévision chez soi coûte au contribuable chaque année une partie de ses impôts. Les publications scientifiques des chercheurs du CNRS sont payantes pour qui n’est pas membre statutaire d’un organisme de recherche public. Voir une exposition dans un musée public ou visiter un château appartenant à l’État coûte au moins aussi cher qu’une place de cinéma, sans parler d’une représentation dans un théâtre public, dans une salle de concert ou dans un opéra.

Bref, pour le simple citoyen, tous ces services publics d'État sont payants, et (on y pense moins), présentent un coût caché pour ceux qui ne les utilisent pas, mais qui paient des impôts pour les entretenir.

Google, YouTube, Wikipédia, The Conversation donnent un accès gratuit à une masse énorme d’informations, disparate certes, mais souvent de bonne qualité.

Il me paraît utile de comparer cette merveilleuse accessibilité avec les restrictions dont font l’objet, par exemple, les vidéos conservées par le service public de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Des services publics d’État à accès limités

Une remarquable émission d’Apostrophe enregistrée sur le service public de la télévision française le 21 décembre 1979 montre Bernard Pivot interrogeant Fernand Braudel et Pierre Bourdieu. Cette émission serait d’un grand intérêt pour tous les étudiants en sciences sociales. Or, il faut payer 2,99 euros pour la voir dans son intégralité. Quid de la culture accessible à tous ?

Une recherche sur le site Cairn Info est payante s’il on n’est pas membre d’un temple officiel du savoir. Pourquoi cette tarification, qui limite l’usage de ces sources – la recherche- déjà largement financées par la collectivité et qui devraient être accessibles à tous les étudiants ?

Comparé à ces services publics d'État à accès limités, Google est tout simplement une improbable et divine merveille. C’est un chef d’œuvre d’accès à l’information, à la culture, à l’art. La qualité de service est remarquable et le rapport accessibilité/qualité/prix est excellent.

Google : liberté et égalité ?

Est-il bien raisonnable que l’État s’en mêle ? Ne s’est-il pas montré incapable de rendre des services aussi innovants, universels et bon marché ? Google est une parfaite illustration des deux premiers termes de la devise de notre république, Liberté et Égalité. En effet, c’est un service qui assure la promotion de la liberté (on peut y chercher tout ce qu’on veut) et de l’égalité (toute personne connectée, pauvre ou riche peut y accéder tant qu’elle veut, sans rien payer).

Si Google se trouve bientôt lourdement imposé en Europe, on peut craindre que par voie de conséquence, ses indispensables services deviennent payants. Qu’aura alors gagné le simple citoyen ?

La même remarque vaut pour le GPS, cet outil merveilleux et qui ne nous coûte pas grand-chose, sauf une petite perte d’amour propre parce qu’il illustre la supériorité technologique américaine.

Rien ne nous interdit d’être la prochaine nation à rendre de tels services à l’humanité tout entière. Mais faut-il taxer ceux qui l’on fait jusqu’ici, pour notre plus grand bien, et sans nous faire payer la facture ?

Google est une exception. Ce n’est pas une entreprise comme les autres, c’est notre meilleur service public. Si vous en doutez, demandez-vous quel chemin vous avez suivi la dernière fois que vous êtes allés sur Internet pour payer vos impôts ?