Hip Hop Management

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L’autorité scientifique au XXIᵉ siècle

Némésis tenant la roue de la fortune, son pied droit reposant sur un ennemi conquis. (détail) Statue en marbre du IIᵉ siècle, Villa Getty. Wikipedia, CC BY-SA

Avant-propos publié par l’auteur dans le n° 262 de la Revue française de gestion. Ce texte est publié dans le cadre du partenariat RFG–The Conversation France.


Et un mandat de trois ans, un ! Et en route, vers le second !

On l’annonçait, dans l’éditorial du n°238, que la vie de la Revue française de gestion (Denis, 2014) allait changer. Et on expliquait comment cela allait se produire, tant en matière de production que de choix assumés de réception des connaissances en management. Deux punch lines – comme dit la jeunesse d’aujourd’hui – résumaient cette philosophie : « Que nul ne soit (plus) censé ignorer la recherche en management » et que la RFG participe du projet d’une recherche en management « à l’heure de la métamorphose ».

Percées et pertes en lignes

Trois ans plus tard, il y a eu des percées et des « pertes en ligne », signe d’un projet stratégique bien vivant. Parmi les percées on citera pêle-mêle les millions de vues (au total) des papiers publiés sous label « partenariat RFG » dans The Conversation France et des vidéos RFG – Precepta Stratégiques TV. Assurément, deux grandes réussites qui ont redonné des couleurs aux enseignants-chercheurs de management en poste dans les universités comme dans les grandes écoles.

La recherche, ainsi placée sous les sunlights, a ravi le grand public qui a appris à découvrir, apprécier, discuter, contester les boussoles proposées par la recherche en management, ceci dans un monde plus que jamais à la recherche de nouveaux « nords » après avoir perdu l’ancien. Lire les auteurs de la RFG dans La Tribune, Le Point, Le Monde (papier !), Marianne, Contrepoints, Slate.fr, Sud-Ouest, le Huffington Post, etc. Voir, lire et entendre les auteurs sur les écrans des smartphones et des ordinateurs donner de la chair et de l’os à leurs travaux, être invités à disserter lors des journées de l’économie à Lyon sous la conduite du Monde au lendemain d’une surprenante élection américaine… Belles satisfactions d’un projet un peu accompli de faire enfin exister dans les débats qui comptent les connaissances en management !

Parmi les « pertes en ligne », il y a eu quelques « impossibles » : réduire à quatre semaines les temps de retour sur les premières versions des manuscrits s’est avéré un objectif déraisonnable, pour ne pas dire contre-productif. La RFG est donc rentrée dans le rang et tient plutôt bien son nouveau tempo : qu’un manuscrit soumis soit accepté et publié (ou refusé) dans les douze mois qui suivent sa première soumission. Avec un choix éditorial assumé : deux tours de révisions suffisent pour prendre une décision éditoriale. Un immense merci aux près de 500 experts qui permettent de donner droit de publication et donc d’existence au meilleur de la recherche francophone en management.

Surprises et originalité

Il y a eu aussi des réussites éditoriales non anticipées trois ans auparavant. La catégorie « Grand-angle » en fait partie. S’offrir le luxe de publier un manuscrit très rapidement parce qu’il apparaît utile de le porter sans attendre à la connaissance du grand nombre, parce qu’il ouvre vers de nouveaux territoires voire de nouvelles planètes, parce qu’il porte haut les couleurs de la recherche francophone en management : voilà la ligne éditoriale de ce « Grand-angle » photographique, catégorie pour laquelle les manuscrits sont acceptés a priori et « coachés » par deux experts choisis par le rédacteur en chef. Ce choix aura permis de faire émerger des textes profondément originaux, immédiatement disponibles en open access, et qui auront parfaitement rempli leur mission : contribuer à chahuter les conformismes, qui devraient toujours être les ennemis jurés des chercheurs. Et puis il y aura eu cette « patte » de la RFG, qui fait aussi sa « marque » : les dossiers – impossible de les citer tous… – et les trois numéros spéciaux de fin d’année.

Ainsi en 2014, « Sciences de gestion et politique », coordonné par Olivier Basso et Philippe Véry en partenariat avec le séminaire hivernal de la Société française de management (Basso, Véry, 2014). Un thème traditionnel pour la SFM, et ô combien sensible pour la revue, puisqu’il entre directement dans sa mission première : en tant que navire amiral de la communauté des enseignants-chercheurs de management, faire rayonner la recherche par-delà son aire naturelle d’influence.

Une ambitieuse quadragénaire

En 2015, la RFG fête ses 40 ans avec un numéro anniversaire « 40 ans d’influence », coordonné par l’ancien rédacteur en chef et l’actuel, mandatés par le conseil de rédaction (Barthélémy, Denis, 2015). Un numéro dont l’élaboration a conduit à rappeler quelques « fondamentaux » qui avaient peut-être été un peu perdus de vue : dans le monde académique, la bulle du « publish or perish » alimente aussi l’amnésie scientifique. Dans un tel contexte, l’identification des articles les plus influents sur 40 années démontre de façon définitive ce que chacun pressentait : d’abord, que l’impact d’un article ne se résumera jamais au nombre d’étoiles du support dans lequel il est publié ; ensuite, que les critères qui font l’impact sur la durée ne sont pas nécessairement ceux que retiennent d’ordinaire les instances d’évaluation et autres agences de classement de la recherche et des institutions ; enfin, que si la pertinence de l’esprit de finesse est probablement la première des conditions pour qu’un travail fasse autorité sur la durée dans le domaine du management, cette probabilité augmente significativement quand elle se couple à la rigueur de l’esprit de géométrie.

C’est ce qu’a largement démontré le numéro de 2016 consacré à « l’impact de la recherche en gestion », coordonné par Jacques Igalens (2016) en partenariat avec les États généraux du management organisés par la Fnege à Toulouse. Un numéro qui ne pouvait évidemment n’être qu’une réussite, tant le thème de l’impact de la recherche structure désormais tous les débats et focalise toutes les attentions : la métamorphose, anticipée en 2013, est bel et bien déjà-là. En ce domaine, la place naturelle de la recherche en gestion est d’être sur le devant de la scène : après tout, les sciences du management ne sont-elles pas depuis l’origine d’abord gouvernées par une pensée d’essence transformatrice, pour aider à mieux penser le monde non seulement tel qu’il est, mais aussi – surtout ? – tel qu’il pourrait être ?

Un excellent classement qui oblige

En synthèse de trois années bien remplies, la Revue française de gestion a retrouvé une place de choix : elle figure en rang 2 de la liste élaborée en 2016 par le collège scientifique de la Fnege qui classe les revues. Classée « A » par le HCERES en 2017, elle a donc retrouvé son rang symbolique : être un point de passage naturel sinon obligé pour les candidats au concours d’agrégation du supérieur ou encore à la qualification aux fonctions de professeurs des universités par le Conseil national des universités. Publier dans la RFG est de nouveau un honneur reconnu, recherché par les auteurs pour publier les résultats de leur recherche quand elle a une vocation transdisciplinaire en gestion. La revue contribue donc, à sa manière, à l’espoir de conquête de reconnaissance des enseignants-chercheurs en management. C’était important, c’est heureux.

Pic by Nathalie Fabbe Costes Agreg.

L’heure est maintenant au second mandat pour le rédacteur en chef – celui de la période 2016-2019. Merci donc de sa confiance sans faille au conseil de rédaction et aux compagnons au long cours de la revue. Avec une pensée particulière à l’occasion de la fin du « first-term » pour Renaud de Rochebrune, Maurice Thévenet et Raymond-Alain Thiétart. Et un grand plaisir d’accueillir les « compagnons » du second term qui leur succèdent au sein du conseil de rédaction de la prestigieuse Revue française de gestion : Franck Aggeri, Aurélie Dudézert, Géraldine Schmidt et J.-C. Spender.

Un second mandat n’a de sens que s’il confirme les percées et les réussites du « first-term », tout en tirant les leçons des « pertes en lignes », voire des échecs. La feuille de route est donc claire : les percées réalisées restent largement perfectibles, il faut donc prolonger l’effort. Les projets sont déjà nombreux en ce sens pour continuer d’affirmer la qualité des productions et l’ampleur de leur réception, avec l’ambition de l’autorité scientifique comme logique dominante et critère d’arbitrage ultime face aux choix stratégiques possibles.

Toujours plus ouverte

Parmi les lignes stratégiques directrices en termes de production et de réception, on peut en citer trois.

La première part d’un constat : les manuscrits de qualité abondent. Plusieurs centaines par an sont soumis spontanément à la RFG. Chaque dossier suscite de nombreuses soumissions. Le taux de sélection est au plus haut, nettement inférieur à 10 %. La revue est donc de plus en plus influente grâce à la qualité de ses productions et aux initiatives développées en termes de réception et auxquelles auteurs comme rédacteurs invités ont contribué avec enthousiasme. La Revue française de gestion est donc bien vivante, à l’image de la communauté d’enseignants-chercheurs de management dont elle est le bien commun. Mais elle reste trop française. On cherchera donc à développer toutes les initiatives qui pourraient conduire à davantage de productions issues de la francophonie. Tout en continuant à accueillir, bien sûr, des articles publiés en d’autres langues lorsque la langue maternelle du (ou des) auteur(s) et leur prestige scientifique le commande.

La deuxième concerne les numéros spéciaux déjà planifiés à horizon fin 2018. L’objectif que nul ne soit (plus) censé ignorer la recherche en management n’a été que partiellement atteint, en particulier dans le dialogue avec les autres corpus scientifiques. En d’autres termes, la Revue française de gestion parle encore trop aux seuls chercheurs en management. C’est ce qui a conduit le conseil de rédaction à faire le choix de confier à Romain Laufer et Yvonne Muller-Lagarde la coordination du numéro spécial de fin d’année 2017 : « Management et logique judiciaire ». Le projet de numéro spécial de fin d’année 2018 est lui aussi déjà bien avancé. Il verra la revue s’associer à nouveau à la Fnege, pour célébrer le 50e anniversaire de la création de la fondation. Une association éditoriale qui visera naturellement à continuer de véhiculer ce message fondateur : la société française a tout à gagner et rien à perdre à tirer davantage profit des enseignements de la recherche en management depuis 50 ans.

La troisième ligne directrice concerne plus singulièrement la dimension « réception ». On exprime ici d’abord une très vive satisfaction : Laurent Faibis (Xerfi Canal Productions) et Didier Pourquery (The Conversation France) ont accepté de siéger en qualité de membres invités du conseil de rédaction de la RFG. Les « Formule 1 » que pilotent ces deux « patrons » sont sources de puissants effets d’aspiration. Si l’on en juge par la façon dont nombre d’acteurs de l’écosystème de l’enseignement supérieur de management (enseignants-chercheurs associations académiques revues disciplinaires, grandes écoles et universités) ont su changer de braquet pour prendre la roue des initiatives dont la revue a été à l’origine ces trois dernières années, on mesure la valeur d’avoir su ancrer de tels partenariats sur la longue durée. À l’évidence, alors que l’avenir est aussi à la jeunesse africaine et au « streaming », l’« active coopération » (Hayek, 1945) de tels partenariats, complexes, reste la meilleure des garanties que les « mots » publiés dans la RFG seront toujours en congruence avec les « choses » du monde tel qu’il vient.

Une empreinte durable

La possibilité même de telles lignes directrices brossées à grands traits est la meilleure marque de l’empreinte laissée par la RFG ces trois dernières années (Barraux, 2014). Née « il y a 40 ans » pour être l’arme de diffusion de la Fnege, alors qu’était aussi créée l’université Paris-Dauphine, sa mission était précise : contribuer à apporter des réponses au « Défi américain » de Jean-Jacques Servan-Schreiber (Barraux, 2016). C’est là son ADN. C’est ce qui créé, par-delà les années et les mandats, plus qu’une continuité : une filiation stratégique et spirituelle. Il suffit pour s’en convaincre de relire dans les pages mêmes de la Revue française de gestion cet éditorial de Jean-Claude Tarondeau (2005, p. 2) :

« La revue peut faire plus que collecter des textes pour les donner à lire ; elle peut jouer un rôle d’incitateur, voire d’initiateur pour servir de pont entre les chercheurs en gestion et leurs différents publics. Last but not least ! Vous serez sans doute surpris de trouver un texte en anglais dans ce numéro spécial. C’est la notoriété mondiale d’Abraham Zaleznik qui nous a conduit à publier ce texte dans sa langue d’origine. Mais la Revue française de gestion ne change pas de stratégie. Elle entend tenir son rang, le premier, dans le concert des revues de langue française et offrir aux auteurs et lecteurs francophones un support pour s’exprimer ou s’informer dans leur langue. »

Changer la recherche (et sa fonction)

Il y a trois ans, non sans une pointe de fierté, on pouvait se plaire à penser que la RFG allait être « à l’heure de la métamorphose » avec ses initiatives de réception uniques au plan mondial pour une revue académique. Aujourd’hui, il faut bien le reconnaître, d’un côté la RFG n’existe toujours pas dans les débats qui comptent et font « la une ». Pour le meilleur et pour le pire, qu’elle l’accepte ou non, la recherche en management est pourtant mariée aux sujets qui occupent la société. Elle doit donc s’en saisir. Et ceci pour un motif simple : c’est l’impact même des actions des sociétés (du CAC 40 et d’ailleurs) qui décide du devenir même de nos sociétés (Pras, 2009a, 2009b ; Martinet, 2012).

C’est la conscience que faire de la recherche seulement « comme avant » n’est plus une position scientifiquement tenable qui a conduit plusieurs dizaines de collègues, professeurs d’universités et de grandes écoles proches de la Revue, à fonder une recherche collaborative : WikiSG(K). Par-delà les échanges informels « off the record », ceci a constitué une profonde source de motivation pour des productions individuelles diverses. L’une de ces productions, issue de ces « explorations », figure annexée à l’ouvrage de David Koubbi Une contestation française (Koubbi, 2017) sorti en librairie le 9 mars 2017.

Une contestation française.

Si l’ouvrage est un manifeste fort argumenté, il verse aussi aux débats un témoignage édifiant alors que la question du sens de l’impact de la recherche en management suscite depuis dix ans au moins de nombreuses interrogations (Doublet, 2007). Les chercheurs ne partageront sans doute pas toutes les prescriptions de l’auteur. Mais ils trouveront confirmation d’un point essentiel : quand les sujets sont sensibles pour le politique et le citoyen, le bon « encadré méthodologique » ne suffit pas. Ceci devrait susciter d’importantes interrogations épistémologiques sur les conséquences pour notre discipline (Livolsi, Fabbe-Costes, 2016).

Indispensable réflexion critique

Cinquante ans après le Défi américain de Servan-Schreiber (Servan-Schreiber, 1967), l’ouvrage de David Koubbi ouvre la porte à un autre type de « défi » : celui d’une recherche en management qui pourrait ne point attendre que le réel daigne lui révéler les recettes de la « performance » des « entreprises », mais bien aussi se mettre au service d’une réflexion critique sur le devenir de nos sociétés, du « vivre ensemble » et de la sauvegarde des intérêts des contribuables. C’est ce qui a motivé certaines prises de position fortes du WikiSG(K) (Denis et coll., 2016), rejoignant la tradition d’une ligne éditoriale de la RFG qui a toujours donné une place de choix aux relations entre finance et management (Albouy, 2016).

Après avoir refermé l’ouvrage, en fins connaisseurs de Michel Foucault, les chercheurs en management et lecteurs de la RFG seront tentés de se remémorer ces quelques lignes, alors que s’annonçait le soir du philosophe :

« Les relations de pouvoir ne sont pas quelque chose de mauvais en soi, dont il faudrait s’affranchir (…) puisqu’il ne peut y avoir de société sans relations de pouvoir, si on les entend comme des stratégies par lesquelles les individus essaient de conduire, de déterminer la conduite des autres. »

Ils devraient toutefois arriver aussi à la conclusion que ce même Foucault, s’il était toujours vivant, aurait sans doute développé un vif intérêt pour la cause défendue dans cette contestation française et qu’il aurait donc jugé légitime de faire figurer cet ouvrage à la une du débat d’idées :

« Le problème n’est donc pas d’essayer de les dissoudre dans l’utopie d’une communication parfaitement transparente, mais de se donner les règles de droit, les techniques de gestion et aussi la morale, l’êthos, la pratique de soi, qui permettront, dans ces jeux de pouvoir, de jouer avec le minimum possible de domination. » (Foucault, 1984, p. 727)

De la métamorphose à la métempsycose

Parce qu’il est d’évidence que si nous ne sommes plus au temps des happy days et du succès de l’ouvrage de Servan-Schreiber, annonciateur de la création de la Fnege (Dubois, 2016) puis de la RFG, l’heure a bel et bien sonné de la métempsycose. Le temps a viré au Brexit, sonnant le glas du rêve d’un grand marché européen comme espace d’échanges alternatif crédible aux espaces stratégiques américains et chinois. La fin la plus probable, est moins celle de l’histoire que de l’euro.

Quant à la démocratie aux Amériques, elle n’a tout simplement pas su résister aux sirènes de « la nuit du chasseur » entonnées par le révérend Donald J. Trump. Comme un étonnant pied de nez, où « la passion de l’égalité » qui hante démocratie américaine (Boudon, 2005) a conduit le pays d’Hollywood à préférer le charisme carnassier d’un animateur de télé-réalité aux leçons du grand cinéma de Robert Mitchum (dans l’unique film de C. Laughton : The Night Of The Hunter, 1955).

« Night of the Hunter ».

Le complexe militaro-industriel américain est visiblement ravi, qui voit repartir à la hausse les dépenses et la course au réarmement nucléaire. Le Dow Jones, logiquement, est « sapé comme jamais » pour reprendre un titre populaire et frôle les sommets. Les nationalismes sont de retour, puisque le rêve de nation et d’ancrage territorial de la deuxième classe a été définitivement abandonné par les élites nomades du train de la première classe (Barraux, 2015). Il est vrai qu’à l’heure du net et du jet, quand on en a les moyens, on finit toujours par trouver le moyen d’échapper aux conséquences de ses coupables négligences… C’est donc aussi à cette heure-là qu’il convient de régler la montre de la recherche en management en général, et de la RFG en particulier, pour les adapter à la granularité des problèmes qui doivent être non seulement éclairés, mais aussi traités (Martinet, 2016).

Rester dans « le temps de l’innovation »

Pour conclure, il aura parfois coûté en termes de classement à la Revue française de gestion de tenir sans faillir le choix de ne jamais renoncer à son identité : revue de langue française, nécessairement appelée à connaître une audience – et donc une influence – limitée sur la recherche dominante, anglo-saxonne, elle s’est condamnée à ne jamais pouvoir viser autre chose que le « haut du panier » de la seconde classe.

Avec le recul, ne pas s’être soumise à la double injonction du recentrage spécialisé et de l’internationalisation par doublage ou sous-titrage aura peut-être été la plus belle chance de la revue : fidèle à son histoire et à ses valeurs, « le temps de l’innovation » appelé de ses vœux par Jean-Claude Tarondeau aura permis de multiplier les échappées belles, dans le monde inquiétant et stimulant des médias sociaux et grand public ou encore dans l’« underground » où se fabriquent les décisions de justice.

C’est donc une certaine idée de la Revue française de gestion à l’heure de la métempsycose qui conduira à faire valoir, à l’horizon du second term, que la revue et par-delà elle l’ensemble de l’écosystème de l’enseignement supérieur de management méritent enfin de penser leur place dans les classements en rang 1. Parce qu’il en va d’une certaine conception de l’autorité scientifique au 21e siècle : porter, en toute indépendance, des lumières nouvelles pour demain, sans jamais craindre la mise à l’épreuve des temps parfois obscurs d’hier et d’aujourd’hui.


N.B. : l’auteur remercie Nathalie Fabbe-Costes et Alain-Charles Martinet pour leurs lectures et commentaires de ce texte – lequel engage, seul, son auteur.