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Libéralisme : itinéraire d’une doctrine philosophique pervertie !

Jean-PaulRemy/flickr, CC BY-NC-ND

Le mot libéralisme : un vrai chauffeur de salle !

Lors d’un meeting, un repas de famille, un débat… utilisez le mot libéralisme et prenez position, peu importe laquelle, je peux vous certifier que l’ambiance sera au rendez-vous ! Quand on évoque le Libéralisme si les réactions ne sont jamais tièdes, c’est peut-être que le terme suggère un contenu qui a été pour le moins dévoyé :

  • N’est-on pas en droit de se demander où est passée la liberté qui fonde son nom et signe son acte de naissance ?

  • N’est-il pas légitime de se questionner sur la réalité de son souci d’émancipation originelle ?

Au fait, saviez-vous que l’anagramme de « Libéralisme » est… « embellirais » ? Bizarre, bizarre !

Déjà en 1935 John Dewey exposait avec pragmatisme les fondements du libéralisme et signalait ses errances. Il rappelait qu’il avait « perdu dans le monde contemporain la force de contestation politique ». Nos démocraties dites libérales n’ont pas su éviter de nombreux écueils. À leur corps défendant, la « bombe » Internet, la vitesse de l’informatisation du monde ont contribué à placer les pouvoirs qui se sont succédé dans des difficultés multiples et inédites ! Des défis propices à commettre bien des erreurs de trajectoires qui mettent aujourd’hui ces dernières » en difficulté.

Oui, face à la blitz – colonisation technologique. Les pouvoirs se sont trouvés bien désemparés.

Que cela soit dans le domaine de l’économie, celui de la sécurité du territoire ou quelque autre domaine que ce soit, la solution du copié-collé de ce qui régissait les territoires physiques, pour l’appliquer aux territoires virtuels a souvent été une première réaction de nos gouvernants, pour ne pas dire une réaction primaire. Malheureusement si le simplisme peut faussement donner un sentiment de maîtrise, il ne résout, ni ne résoudra jamais le complexe. Quant au libéralisme il est devenu aujourd’hui pour le moins méconnaissable.

Le libéralisme : une doctrine de philosophie politique

Le libéralisme est d’abord une doctrine de philosophie politique. Cette dernière sera par analogie et par la suite étendue à une « philosophie économique » (le libéralisme économique est l’application des principes du libéralisme à la sphère économique). Même si tous les auteurs ne sont pas d’accord sur ce point, le libéralisme aurait pour point de départ la Lettre sur la tolérance de John Locke, une lettre écrite en 1689.

« Cette philosophie défend alors la liberté comme un principe politique suprême. »

Le libéralisme affirmait la limitation du pouvoir du souverain par l’existence de contre-pouvoirs liés à la responsabilité individuelle des citoyens. Il se posait également comme le défenseur incorruptible de la liberté d’expression. Pour ce qui concerne l’économie, c’était l’initiative privée qui était vantée, une initiative privée qui allait de pair avec la libre concurrence.

Le libéralisme (politique) n’a pas vocation à rimer avec absolutisme !

Pour ce qui est de la politique, le libéralisme (tel que définit par Locke), inspirateur de la Révolution française., prônait un pouvoir politique sous surveillance, notamment celle des lois qui devaient impérieusement faire l’objet de débats ! Il se posait comme un fervent défenseur d’un état de droit avec la reconnaissance de la nécessité de contre-pouvoirs.

Comment être pour ou contre une philosophie politique évidée de son sens ?

Une question s’impose d’elle-même : comment être aveuglément pour le libéralisme ou a contrario y être férocement opposé tant le concept dont on parle est utilisé à toutes les sauces, sauf la bonne ? Personnellement, j’ai beau retourner mon cerveau dans tous les sens, je ne sais qu’en penser. Et vous ?

Tel qu’il est appliqué, il m’apparaît, pour ce qui concerne Internet entre autres, plus prompt à édicter régulièrement des interdits qu’à favoriser et encourager la transgression (pierre angulaire de l’innovation) et les gouvernants ne semblent pas être, à ce jour, en mesure de l’intégrer dans une refonte de l’économie au service de l’homme et non l’inverse.

« “L’outilisation” de l’homme au service de l’économie est devenue la norme. Que cela plaise ou déplaise à lire, comme cela me déplaît de l’écrire, ce sont les GAFAM qui donnent le tempo. »

Alors oui, parler de libéralisme en bien comme en mal provoque invariablement de vifs débats. Au XXIe siècle, ce terme est toujours vigoureusement brandi par ses défenseurs comme par ses détracteurs alors même qu’il s’est vidé au fil du temps de ses fondamentaux philosophiques les plus essentiels.

Dans ces conditions, débattre de ce pseudo-libéralisme, le vanter ou le dénigrer en tant que modèle de fonctionnement politique et économique idéal, n’est-ce pas, outre une perte d’énergie, un absolu non-sens ?

À suivre


P.-S. Pour aller plus loin, pour les curieuses et curieux, je vous invite à écouter la conférence du professeur des Universités Claude Gautier à l’École Normale Supérieure de Lyon sur l’ouvrage du philosophe pragmatiste américain John Dewey « Après le libéralisme » – « Liberalism and Social Action » – Conférence organisée par les Amis de Veblen qui s’est tenue le 18 décembre 2014 dans les locaux de l’Université Lyon III avec le soutien de la Société Rhodanienne de Philosophie : « Après le libéralisme » (durée 57 minutes).