Même fermées, les mines françaises continuent de faire des victimes

Vue intérieure des galeries de la mine de la Houve en Lorraine en 2004. Frederick Florin/AFP

En avril 2004, la dernière mine de France – le puits de la Houve situé à Creutzwald en Lorraine – ferme définitivement ses portes. Neuf années plus tard, en juin 2013, 755 mineurs et cokiers de la région déposent une plainte contre les Charbonnages de France pour les avoir exposés à des produits toxiques, à l’origine de maladies professionnelles graves.

En 2016, les prud’hommes de Forbach leur donnent raison et accordent à chacun d’entre eux mille euros de dommages et intérêts. Jugeant cette somme très insuffisante au regard des risques encourus et du préjudice d’anxiété, ils décident de faire appel de la décision. Le procès en appel s’est déroulé le 12 mai dernier ; son verdict est attendu pour le 7 juillet prochain.

Entre 2013 et 2017 plusieurs plaignants sont décédés de certaines des maladies redoutées – cancers du poumon, de la vessie, de la peau, notamment. Soutenus par la CFDT, qui estime à 150 000 le nombre d’hommes du charbon morts de silicose ou d’autres maladies respiratoires depuis 1945, ils réclament des compensations allant de 15 000 à 30 000 euros.

Dans leur travail souterrain, les gueules noires ont depuis toujours été confrontées à de multiples dangers.

Un environnement particulièrement dangereux

En premier lieu, ils sont menacés par l’eau, qui provoque des inondations dévastatrices comme celle dont est victime le petit Rémi dans le roman Sans famille (1878) d’Hector Malot, lorsque les flots tumultueux de La Truyère envahissent les galeries cévenoles.

Dans les profondeurs de la terre, il y a aussi du gaz qui s’accumule. Ce grisou qui emporta un matin de mars 1906 à Courrières, près de 1 100 hommes. Les travailleurs du fond doivent également compter avec la terre et ses éboulements qui peuvent à tout moment les ensevelir. Enfin, ils ne doivent jamais oublier le danger représenté par le feu qui enflamme les poussières suspendues dans l’air vicié des galeries. Dans les profondeurs des mines de Commentry, un feu a brûlé de 1840 à 1901 sans qu’il ait été possible de l’éteindre.

Auguste Berthou, le dernier survivant de la catastrophe de Courrières, sorti après une vingtaine de jours passés sous terre. Jérémy Jännick/Wikipedia

Avec l’avènement de l’extraction industrielle de la houille, dès les premières décennies du XIXe siècle, les conditions dans lesquels travaillent les mineurs sont non plus seulement dangereuses, mais aussi à l’origine de maladies spécifiques qui s’aggravent avec le temps et l’accroissement de la mécanisation.

Les maladies de la mine

En 1833, le docteur Valat, médecin des Houillères de La Machine (Nièvre) souligne que « le labeur dans les mines prédispose excessivement aux maladies ». Fièvres, rhumatismes et plaies purulentes, sont loin d’être les maux les plus graves dont souffrent les hommes du charbon.

Le nystagmus est un tremblement intempestif de l’œil provoqué par la nécessité qu’ont ces ouvriers de diriger, en permanence, leur regard vers le haut et en arrière. Les parasites intestinaux, à l’origine d’hémorragies internes, sont également très répandus dans des galeries dépourvues de toilettes.

Mais la silicose est la plus invalidante et à la longue la plus destructrice des maladies induites par le labeur souterrain. À cinquante-huit ans, le vieux Bonnemort – le père de Catherine Maheu, l’héroïne de Germinal (1885), le roman de Zola –, reste ainsi assis devant sa porte, incapable de travailler, toussant et crachant des glaires noirâtres. Sa pneumoconiose, ou silicose, est causée par une accumulation dans les alvéoles pulmonaires de poussières de silice. En se durcissant, elles gênent, puis empêchent la respiration du malade, qui finit par mourir étouffé.


L’introduction des marteaux-piqueurs, dans les années 1930, est à l’origine d’une très importante augmentation de la quantité de poussière présente dans l’air sur les fronts de taille. Leur usage excessif, tout particulièrement à la Libération pendant la Bataille du charbon, a eu pour résultat une augmentation du nombre de mineurs touchés par la silicose et l’aggravation de la maladie. Dans les années 1950, une légère amélioration est obtenue grâce à l’injection d’eau dans ces outils. Celle-ci permet de réduire légèrement les effets nocifs de la poussière dégagée par la mécanisation du travail.

Reconnue comme maladie professionnelle en 1945, son dépistage systématique ne commence cependant qu’en 1954. Pour les travailleurs, le plus difficile sera de faire reconnaître par les médecins du travail leur état et la gravité de celui-ci (silicosés à 10, 20, 50, voire 100 %) et donc de bénéficier d’une prise en charge de leurs soins. Les compagnies houillères, tout comme Charbonnages de France, auront toujours tendance à sous-estimer l’ampleur du mal dont souffrent leurs employés. En 1998, la silicose faisait 900 morts par an.

Qu’ils travaillent en Europe (Pologne, Bulgarie…), en Asie (Chine, Vietnam…), en Amérique latine (Bolivie, Chili…) ou encore en Afrique du Sud, les mineurs – quelles que soient les substances qu’ils ont la tâche d’extraire – triment toujours dans des conditions d’une extrême précarité. Ils sont également exposés à de nombreuses maladies, dont beaucoup sont très invalidantes. Leurs existences sont ainsi très semblables à celles que les décrivaient en 1904 dans Subterra, le Zola chilien Baldomero Lillo.