Norbert Hofer : le candidat de l’extrême droite autrichienne voit vert

Norbert Hofer, candidat adoubé par le FPÖ et ex-ministre des transports autrichiens pose avec des prototypes chinois lors d'un salon de la mobilité urbaine à Vienne le 4 avril 2019. ALEX HALADA / AFP

Après de longues semaines de secousses internes, c’est finalement Norbert Hofer, 48 ans, qui a été investi le 14 septembre comme tête de liste du FPÖ, Freiheitliche Partei Österreichs, le Parti de la liberté d’Autriche aux élections législatives anticipées du 29 septembre 2019. Considéré par les médias nationaux comme l’un des cadres de ce parti d’extrême droite, fondé par d’anciens néonazis, il a de ce fait la lourde tâche de présider à la destinée de sa formation politique. Et pour cela, il n’hésite pas à instiller des changements de programme, comme une virée vers l’écologie, pour faire perdurer la pensée politique du FPO.

Norbert Hofer fait en effet suite à Christian Strache. Ce dernier avait été forcé de quitter ses fonctions le 19 mai 2019, juste après le scandale de l’« affaire Ibiza »

On voyait dans cette vidéo l’ancien patron du FPÖ Heinz-Christian Strache proposant à une femme – laquelle se présentait comme étant la nièce d’un grand oligarque russe – de financer le FPÖ d’une manière occulte et de racheter un grand média autrichien, le Kronen Zeitung. Le but de cette opération à l’époque était clair : propulser Strache au pouvoir.

Cette affaire avait mis fin à la coalition gouvernementale entre les conservateurs de l’ÖVP (Parti populaire autrichien) et le FPÖ. Désormais, il revient à Norbert Hofer de prouver qu’il est capable de mener le FPÖ vers la victoire.

Norbert Hofer et Sebastian Kurz (OVP) lors d’un débat télévisé à Vienne le 22 septembre. Joe Klamar/AFP

Un candidat aux élections présidentielles remarqué

Hofer est une figure déjà bien installée sur la scène autrichienne. Candidat malheureux du FPÖ à l’élection présidentielle autrichienne de 2016, il avait néanmoins recueilli 49,7 % des suffrages exprimés.

Issu d’une famille modeste, fin stratège, Hofer, se place dans la lignée de Strache : intérêt très jeune à la politique et appétence pour le pouvoir. Il gravit un à un les échelons jusqu’à être élu en 2006 pour la première fois au Conseil national autrichien avant d’en devenir le troisième président à partir de 2013.

L’élection présidentielle de 2016 marque un tournant pour sa carrière. Non seulement Hofer réussit à devancer très nettement ses cinq autres concurrents en se classant premier avec 36,4 % au premier tour (il est battu de peu au second tour par le candidat écologiste Alexander Van der Bellen, actuel président autrichien) mais il mène une campagne convaincante d’après la presse autrichienne.

Il développe durant le débat d’entre deux tours les thèses habituelles du FPÖ, s’attaquant tour à tour au mariage homosexuel, aux technocrates de Bruxelles ou encore signalant le rôle néfaste joué par l’Autriche dans la crise migratoire.

Cette élection présidentielle n’a ainsi été qu’un demi-échec pour le FPÖ du fait de la performance de Norbert Hofer.

Un visage connu et apprécié

Jouissant d’une image plus policée que son prédécesseur, Norbert Hofer est connu du grand public autrichien, puisqu’il faisait partie des six ministres issus du FPÖ sous le gouvernement de Sebastian Kurz. Ayant hérité du portefeuille des Transports, il était considéré comme l’un des ministres les plus consensuels et n’a jamais été l’objet d’une quelconque polémique pouvant mettre à mal la coalition.

Ce n’est que très récemment qu’il a suscité le malaise au sein de la chancellerie. En témoigne la petite phrase prononcée lors d’un meeting politique le 7 septembre 2019 : l’islam « ne faisait pas partie de notre culture, de notre histoire et n’en fera jamais partie ».

Discours de Hofer le 7 septembre 2019 sur la chaîne de son parti, FPO TV.

Cette rhétorique s’inscrit dans la ligne droite du FPÖ.

Cette déclaration traduit bien la volonté de Norbert Hofer d’être à la fois le candidat du renouveau, suite au « Ibizagate » tout en restant le candidat qui s’inscrit dans la tradition d’une formation politique qui a, depuis sa fondation, mis en avant la « priorité nationale ».

Dans le domaine de l’immigration, l’ancien chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache avait, depuis quelques années, articulé son discours en direction de l’islam, religion qu’il jugeait incompatible avec l’histoire de l’Autriche. Lors d’une convention organisée conjointement par l’AfD et le FPÖ, il avait plaisanté en déclarant à propos de l’islam que :

« Les Autrichiens n’étaient pas aussi bons à la course à pied que pouvaient l’être les musulmans, car eux ne volaient pas… ».

Cette phrase avait été reprise dans la presse autrichienne, pointant du doigt les relents racistes d’Heinz-Christian Strache. En fait, ces paroles étaient mûrement pensées et faisaient suite à des meetings politiques en Autriche au cours desquels il proclamait « qu’il ne voulait en aucun cas d’une islamisation de l’Autriche ».

Cette volonté de montrer l’étranger du doigt est une vieille tradition du FPÖ. Déjà sous Jörg Haider, l’étranger était stigmatisé car il venait « voler le travail des Autrichiens ».

Un écologiste dans l’âme ?

La seule nouveauté, apparue dans le programme du FPÖ, est de mener une politique environnementale ambitieuse. Ce thème circule désormais comme une volonté du parti de ne pas évoquer uniquement l’immigration ou l’insécurité afin de chercher à élargir son électorat par des propositions nouvelles.

Par exemple il préconise de privilégier les trajets en vélos et à pied. Selon lui cela a un double impact : rester en bonne santé en faisant de l’exercice mais aussi protéger l’environnement.

De plus, Norbert Hofer estime que le sujet de l’environnement étant actuellement à la mode, c’est maintenant que des décisions politiques fortes doivent être prises afin de laisser un monde meilleur aux générations futures. Il soutient ainsi qu’il faut augmenter encore plus le budget alloué à l’environnement et à l’énergie comme il avait pu le suggérer lorsqu’il était ministre.

Le FPÖ semble porter un intérêt réel à ces sujets et répondre en même temps aux attentes des citoyens sur ce thème. Norbert Hofer s’est engagé une fois élu, à mettre l’environnement au cœur de son mandat politique.

Reconquérir l’électorat

Le parti a néanmoins un travail de fond à entamer pour reconquérir son électorat, déçu par le scandale Ibiza. Lors de son premier discours en tant que président du FPÖ, Norbert Hofer a annoncé vouloir faire de son mouvement la première force politique d’Autriche, bien que les chiffres placent le parti loin derrière celui des conservateurs.

En effet, d’après plusieurs instituts de sondages, le FPÖ n’est crédité que de 20 % des suffrages soit 6 points de moins qu’aux législatives de 2017 (25, 97 %). Norbert Hofer, malgré un discours politiquement plus correct que son prédécesseur, n’a pourtant pas voulu procéder à l’exclusion des membres du FPÖ les plus radicaux – ceux-ci étant une part importante et fidèle de l’électorat traditionnel du FPÖ.

Jeux d’influence avec l’Allemagne

Cette élection législative autrichienne arrive dans un contexte européen avec une montée accrue des partis d’extrême droite. Ainsi, il y a quelques jours en Allemagne les Länder de Saxe et de Brandebourg ont vu l’AfD effectuer une percée remarquée. En Saxe, l’AfD est passé de 9,7 % en 2014 à 27,5 % des voix en 2019, tout comme dans le Brandebourg où il passe de 12,2 % en 2014 à 22,5 % en 2019.

Andreas Kalbitz, l’un des chefs de file de AfD (Alternative pour l’Allemagne) salue son public après la publication des premiers résultats des élections du 1ᵉʳ septembre 2019 au Brandebourg et Saxe. Odd Andersen/AFP

Pour rappel, l’AfD avait fait une entrée historique au Bundestag en 2017 en obtenant 12,6 % de suffrages. Pour la première fois depuis 1945, l’extrême droite allemande revenait au parlement national. En Saxe, chez les 18-24 ans, l’AfD recueille presque 20 % des suffrages, ce qui représente presque autant que le parti « Die Grünen » (Verts). Ce résultat traduit bien l’essor de ce mouvement politique qui est en train de mettre fin à la bipolarisation entre la CDU et le SPD.

En dépit de ce recul, les partis allemands dits traditionnels restent gagnants sur la scène politique ; les résultats, néanmoins, inquiètent les Allemands qui craignent une arrivée à court terme de l’AfD au pouvoir, lequel, à l’instar de ce qui se passe en Autriche, s’impose de plus en plus sur l’échiquier politique national.

En Allemagne comme en Autriche, les deux partis d’extrême droite se retrouvent aux portes du pouvoir. Si l’examen de conscience sur le passé a été fait d’une manière plus approfondie en Allemagne qu’en Autriche, il n’en demeure pas moins que le réveil des nationalismes exacerbés pourrait avoir raison de la conscience collective.