Menu Close
L'immunité est un sport de combat. Pathdoc/Shutterstock

Bonnes feuilles : « Les mystères du corps humain : petits et grands secrets de nos organes »

Nous vous proposons un extrait du chapitre « L’immunité : une armée de combattants bien équipée », de l’ouvrage « Les mystères du corps humain : petits et grands secrets de nos organes », de Bernard Sablonnière aux éditions Odile Jacob.


La défense de l’organisme humain face aux envahisseurs est sophistiquée. Si vous aimez jouer aux petits soldats de plomb, vous allez adorer l’immunologie, la science qui étudie les mécanismes de nos défenses. Nos soldats de l’immunité emploient des armes destructives comme les anticorps, recrutent de nombreux fantassins ou lymphocytes capables d’exercer un rôle précis selon le type d’armes ou la stratégie de défense qu’ils utilisent. Dans d’autres circonstances, les équipes de surveillance utilisent des espions, les lymphocytes-mémoire, qui possèdent l’identité de l’intrus et pourront tenter de le traquer et de le neutraliser parfois pendant plusieurs années. La découverte de la vaccination permettra, dans certaines maladies, de susciter une véritable réaction de défense au moyen de leurres et d’une scène de combat factice mimant l’intrusion du véritable ennemi.

Les fonctionnaires de la défense

Les défenseurs sont nombreux. Ce sont d’abord les cellules circulantes du sang, les leucocytes et les lymphocytes. Il y a aussi, fixés dans leur citadelle pour une mission de surveillance parfois très longue, les macrophages et les cellules dendritiques. Parmi les leucocytes, leurs grades et leurs fonctions sont différents, leur costume aussi, reconnaissable par coloration, lors d’une prise de sang et d’une analyse hématologique. Les plus nombreux sont les polynucléaires neutrophiles, dénommés souvent « poly neutro » sur votre feuille d’analyses. Ce sont des gendarmes mobiles capables de migrer depuis le sang vers le foyer d’infection où l’arrivée d’intrus microbiens est détectée. Ils encerclent et neutralisent l’adversaire.

Ensuite on trouve les polynucléaires éosinophiles. Ils sont impliqués dans les réactions allergiques, et s’en prennent surtout aux parasites qu’ils détestent. Enfin, il reste les lymphocytes, un groupe d’élite à part, avec plusieurs niveaux de compétences. Il s’agit soit de lymphocytes B soit de lymphocytes T. Les B relèveraient plutôt de la marine : ils libérant des anticorps qui sont des sortes de torpilles, tandis que les T font penser à des fantassins partant en campagne dans les tissus. Quant aux monocytes, ce sont de jeunes apprentis fraîchement appelés qui attendent leur lettre de mission et circulent dans le plasma avant de recevoir l’ordre de rejoindre le champ de bataille dans l’organe qui leur a été assigné.

Une panoplie d’armes

Ces combattants disposent de toute une gamme d’armes variées. Il y a des balles classiques, des engins d’encerclement comme les macrophages, et aussi des lances incendiaires responsables d’une activation de l’inflammation : les cytokines. On trouve aussi des torpilles comme les anticorps neutralisants libérés par les lymphocytes B, et parfois des missiles sol-air comme certaines immunoglobulines libérées dans les bronches et les muqueuses. Enfin n’oublions pas ceux qui utilisent des mines, c’est-à-dire les lymphocytes tapis dans les ganglions, prêts à immobiliser l’ennemi. Parfois, le commandement suprême situé dans la moelle osseuse recrute aussi des tueurs professionnels : il s’agit des lymphocytes T « tueurs ». Il n’y a pas encore d’armes nucléaires mais il existe des armes chimiques surtout libérées par les macrophages. D’autres armes plus sournoises sont utilisées par les espions ou contre-espions, les lymphocytes T régulateurs dont les méthodes sont parfois peu orthodoxes.

Les fossoyeurs du combat

Il s’agit des phagocytes, dont celles qui agissent en première ligne de la défense : les globules blancs, et les macrophages contenus dans tous les organes. Elles captent et digèrent les microbes au niveau du site d’infection et ensuite nettoient les débris et les cellules mortes issues de l’inflammation. Elie Metchnikoff, bactériologiste russe, décrivit pour la première fois le mécanisme de phagocytose en 1882.

Des armes chimiques efficaces

Nos grands-mères déjà utilisaient l’eau de javel pour tuer les bactéries et les virus : mais nos cellules l’avaient découverte bien avant elles ! Les phagocytes qui mangent les bactéries les détruisent en produisant deux substances chimiques fortement bactéricides : l’eau oxygénée et l’acide hypochloreux, qui n’est autre que le constituant actif de l’eau de Javel.

C’est rouge, ça gonfle et ça fait mal

À l’endroit d’une piqûre au bout du doigt, 3 signes sont révélateurs d’une inflammation, au lieu précis où se livre une bataille contre les intrus. C’est rouge, car les vaisseaux sanguins sont dilatés par les signaux d’alerte libérés par les gendarmes locaux. Ensuite, ça gonfle, car la paroi des vaisseaux laisse passer de l’eau et des lymphocytes permettant de préparer la défense sur le terrain. Ça fait mal : c’est dû à l’activation des détecteurs sensitifs, qui sont sensibles à la pression qui augmente localement sous l’effet de la dilatation des vaisseaux. Ces détecteurs cutanés alertés envoient alors au cerveau un signal qu’il « traduit » sous la forme d’une perception douloureuse localisée à l’endroit où siège l’inflammation.

Les torpilles et les missives

Notre système de défense utilise des anticorps, qui agissent un peu comme des torpilles. Il s’agit de grosses molécules libérées par les lymphocytes B. Elles peuvent se déplacer dans tout le courant circulatoire et agir à une grande distance. Certaines sont munies de 2 charges : les IgG, d’autres de 5 charges, les IgM. Les IgM sont plus destructives, elles sont produites lors d’une infection récente. Une fois les macrophages prévenus de l’infection, ceux-ci sont capables aussi d’envoyer des missives sur la sévérité du combat en direction d’autres organes, eux aussi impliqués à terme dans la lutte contre l’ennemi.

Les ganglions, casernes de combattants

Il existe environ 800 ganglions lymphatiques, de la taille d’un pois chiche, répartis dans l’ensemble du corps. Ils se comportent comme de minuscules casernes qui préparent leurs combattants – les lymphocytes T et lymphocytes B – à l’action. On y trouve aussi des gradés : macrophages et lymphocytes T mémoire. En cas de détection de bactéries ou de virus circulant dans le système lymphatique, les ganglions s’activent et gonflent. Le médecin parle alors d’une adénopathie, signe d’infection localisée à leur voisinage. Ces ganglions détectent des débris de la bataille, les antigènes, qui sont autant d’indices ou de restes d’armes provenant de l’ennemi.

Les agents secrets et les réservistes

Différents types de lymphocytes complètent notre arsenal de défense. On connait les lymphocytes T tueurs, qui agissent souvent seuls, prêts à dégainer furtivement en cas de rencontre d’une cellule étrangère. Il y a aussi des lymphocytes T « régulateurs ». Ceux-là veillent à éviter que se produisent certains événements rares : des opérations de sabordage de certaines unités qui détruisent leurs propres soldats et conduiront aux maladies auto-immunes, où les combattants détruisent les propres cellules d’un organe, quand le « soi » est confondu avec un « autre » hostile et se détruit lui-même. Enfin, il existe des cellules T « mémoire ». Il s’agit de quelques vieux combattants rescapés d’une bataille terminée qui finissent comme réservistes. N’ayant pas oublié leurs réflexes, ils sont capables de se remobiliser et de reprendre le combat jusqu’à plusieurs années après l’infection.

Vacciner : leurrer les défenses pour les doper

La vaccination est un moyen efficace de tromper nos défenses… pour mieux les renforcer. Il s’agit d’introduire dans le corps un faux-microbe, c’est-à-dire un virus ou une bactérie inactivée : il ou elle garde son uniforme de combattant étranger et est donc reconnu comme un intrus hostile par les sentinelles de notre défense, mais en réalité ses armes sont inoffensives. En cas d’intrusion ultérieure d’ennemis du même type, mais cette fois offensifs et bien armés, les lymphocytes et les macrophages, les ayant déjà rencontrés, sauront immédiatement les repérer et identifier la menace. La vaccination adoptée dans le monde entier, depuis les travaux de Jenner puis de Pasteur a permis de combattre la variole, qui sévissait depuis au moins 3000 ans, et qui fut déclarée complètement éradiquée en 1980. Elle a bien sûr été utilisée contre beaucoup d’autres maladies, notamment la rage, et aujourd’hui la Covid.

Couverture de l’ouvrage : Les Mystères du corps humain aux éditions Odile Jacob.

Les mécanismes de nos défenses utilisent des armes nombreuses et une organisation de combattants complexe. L’équilibre entre la surveillance des intrus et l’action défensive est délicat. Il peut y avoir des débordements en cas d’excès de la réponse devenue pro-inflammatoire. De façon silencieuse, elle peut alors aboutir à une dégradation de plusieurs organes : os, articulations, vaisseaux sanguins. Le surpoids, si courant actuellement dans beaucoup de régions du monde, est un facteur de risque du dérèglement pro-inflammatoire des macrophages, qui peut conduire à l’apparition de maladies cardio-vasculaires.

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 156,000 academics and researchers from 4,515 institutions.

Register now