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Comment tuer socialement un lanceur d’alerte ? Mode d’emploi en « démocratie » !

Pardon Bradley Manning Rally 22. Stephen Melkisethian / flickr, CC BY-NC-ND

Lanceurs d’alerte : principe de réalité

Lorsqu’un citoyen pointe une dérive de l’état dans un pays qui bat pavillon démocratique, ce n’est pas la simple fable d’un pot de terre et d’un pot de fer qui débute, c’est l’histoire d’une mise au pilori violente par tous moyens qui s’enclenche.

Le citoyen – impudent comme imprudent – se révèle être traité comme le serait l’ennemi public numéro un d’une Nation. Le citoyen lambda ne dispose pas de moyens équitables tels que l’accès prime time au médias de masse pour se défendre. Il n’a souvent pas les moyens financiers d’engager une armada d’avocats pour mener un combat qui sera (de toute façon) disproportionné.

La liberté à géométrie variable

Dans des affaires comme celles de Snowden, d’Assange, de Chelsea Elizabeth Manning, née Bradley Edward Manning (l’informatrice de WikiLeaks qui sera finalement graciée par Barak Obama) les « démocraties » prises la main dans le sac d’abus inacceptables ont invariablement lancé sans coup férir la machine à broyer socialement !

Faut-il rappeler que lorsque l’affaire Snowden éclate, l’état américain ignorera tous les fondements de la création même de l’Amérique et ses croyances. Tout du moins s’autorisera-t-il quelques écarts d’interprétation au regard du préambule de constitution des États-Unis adoptée par la Convention le 17 septembre 1787 :

« Nous, le peuple des États-Unis, en vue de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer la prospérité générale et d’assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous ordonnons et établissons la présente Constitution pour les États-Unis d’Amérique. »

« Assurer les bienfaits de la liberté »… Après les révélations du lanceur d’alerte, l’histoire se souviendra des prises de position tièdement outragées de nombreuses gouvernances « démocratiques » comme l’Angleterre et la France ! On peut le comprendre, quand on sait que ces mêmes gouvernances « démocratiques » collaboraient dans différents programmes d’espionnage de masse de leur propre population

On se souviendra également de la posture de Barak Obama responsable de l’administration fautive et décriée : la National Security Agency (NSA). Il concédera que le programme d’espionnage mis en œuvre après le 11 septembre 2001 s’était fait à grande échelle et sans véritables garde-fous, n’hésitant pas à déclarer :

« Les critiques ont raison de dire que sans garde-fous appropriés, ce genre de programme pourrait être utilisé pour obtenir davantage de renseignements sur nos vies privées, et ouvrir la voie à des programmes de collecte plus indiscrets ».

Un discours configuré pour le grand public, mais peu en rapport avec celui moins connu d’un officiel du Pentagone qui avait fait part quelque temps plus tôt de ses bienveillants sentiments à l’égard d’Edward Snowden et du sort qui lui convenait le mieux : « I would love to put a bullet in his head ! », ce qui se traduit aimablement par « J’aimerai bien lui mettre une balle dans la tête ! » !

Derrière les discours officiels reconnaissant le bien-fondé des critiques. Derrière les promesses d’enquêtes approfondies, il y avait une réalité beaucoup plus sombre. Le citoyen américain devait-il comprendre que s’il refusait de se faire complice d’une transgression inacceptable en la portant à connaissance de ses compatriotes il deviendrait une cible à abattre « d’une balle dans la tête » ?

La peine capitale pour un lanceur d’alerte en démocratie : la mort sociale

Les lanceurs d’alertes, ces héros des temps technologiques – quel que soit le courage que les citoyens et citoyennes leur attribuent dans une large majorité – ont pour bon nombre socialement tout risqué et tout perdu. Leur vie a été mise en hypothèque, leur mort social programmée, leur mort physique aura parfois été envisagée. Le plus déplorable étant que cette situation n’intervient ni dans des dictatures, ni dans des pays autoritaires ou totalitaires, mais dans des pays supposés garantir leur droit inaliénable à dire ! Quelle déroute !

N’est-ce pas là un plaidoyer en faveur l’anonymat.

Qu’est-ce qui est le plus prudent aujourd’hui dans nos « démocraties » informatisées pour un citoyen soucieux de défendre des droits humains fondamentaux et le collectif ? Risquer la mort sociale ou opter pour l’anonymat pour agir ?

Quand les démocraties font la leçon aux dictatures

Les gouvernances de « démocraties » qui ont opté pour de telles pratiques peuvent se targuer d’avoir accru la perte de confiance du citoyen dans le politique. Elles ont perdu toute crédibilité lorsqu’elles dénoncent à corps et à cris les dérives des régimes autoritaires qui leur sont devenus, dans certaines situations – dont celles évoquées – les sœurs siamoises ! Les dictatures ayant le « mérite » d’agir violemment et sans discrétion contre toutes formes de contestation à des pratiques illégitimes.

  • Que n’aurait-on dit il y a encore quelques années en France – pays des droits de l’homme – d’un état souhaitant mettre en place un algorithme – configuré de façon opaque – de surveillance de la population ?

  • Que n’aurait-on dit d’un algorithme visant à définir et trier le bien du mal, un outil supposé distinguer le bon et le mauvais citoyen potentiel selon des critères inconnus définis par quelques hommes ?

  • Que n’aurait-on dit des pratiques d’un tel pays souhaitant se doter d’un tel algorithme entre les mains d’une simple autorité administrative ?

Nous aurions probablement crié collectivement au scandale et à l’infamie ! Nous nous serions – peut-être – rappelés des sages paroles de George Orwell : « La dictature peut s’installer sans bruit ! ».

Les temps ont changé ! cet algorithme est en cours de déploiement depuis le début du mois d’octobre 2017 dans un pays qui s’est fait bien silencieux. Ce pays c’est le mien, c’est le vôtre, c’est le nôtre. Ce pays c’est la France !

« Une société qui tolère le mal en devient la complice ». (Eugênio de Araújo Sales)


À suivre

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