Demain, tomberez-vous amoureux d'une Intelligence artificielle?

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Demain, tomberez-vous amoureux d'une Intelligence artificielle?

Les intelligences artificielles (IAs) risquent de devenir de plus en plus… attachantes.

À un point tel qu'il sera peut-être même possible d'en devenir amoureux. Cependant, la combinaison de la technologie et des émotions pourraient ouvrir la porte à des abus importants.

Les relations humains-robots sont souvent examinées sous l'angle de l'utilité des robots, de la menace potentielle pour notre sécurité ou nos emplois, ou ses répercussions éthiques et juridiques. Même sur le plan psychologique, les liens les plus discutés sont les fonctions d'assistance, le divertissement ou les relations sexuelles.

De ce point de vue, la science-fiction a évidemment une longueur d'avance sur la technologie et plusieurs films ont déjà exploré la question de l'attachement amoureux entre les humains et les robots (Casanova, Blade Runner, AI, Ex Machina, Alita: Battle Angel).

L'informatique affective progresse à grand pas. Les robots maîtrisent de mieux en mieux la conversation simple ainsi que l'interprétation des expressions faciales et des modulations de la voix. Ils modulent de plus en plus leurs analyses et leur langage en fonction de paramètres « émotionnels » et ils simulent l'empathie de mieux en mieux.

Nous ne sommes pas si loin de pouvoir intégrer des intérêts, des aspirations et des personnalités complexes dans la configuration des algorithmes biomimétiques.

Une idée qui dérange

On reconnaît de plus en plus les bénéfices potentiels de certaines relations affectives entre les humains et les IAs, comme celles de robots sociaux pour les personnes seules, les personnes avec des pertes cognitives ou les autistes.

Cependant, l'idée de relation amoureuse avec une intelligence artificielle dérange). Pour plusieurs, il manquera toujours aux IAs de véritables sentiments, des besoins et des aspirations susceptibles de susciter notre empathie ou de nous émouvoir. On peut aussi penser que les IAs ne pourront pas de sitôt simuler un « alter ego », qui comprend nos pensées et qui partage des expériences, des opinions et des réactions permettant une « communion des esprits ».

Par ailleurs, ces machines pourront-elles montrer suffisamment d'empathie pour être des partenaires? Que faut-il pour faire éclore l'affection, l'attachement ou l'amour chez une personne? Les ingrédients de l'amour peuvent-ils être déclenchés par un algorithme?

À cause de ses rôles dans notre survie et notre reproduction, l'affection est un besoin essentiel chez l'humain. Le premier attachement affectif est celui du nourrisson pour sa mère et il est basé sur une dépendance objective et émotionnelle.

L'affection est un besoin essentiel chez l'humain. Le premier attachement affectif est celui du nourrisson pour sa mère et il est basé sur une dépendance objective et émotionnelle. Shutterstock

Cet instinct est préprogrammé par l'évolution dans le cerveau du bébé. Il se déclenche par les sens comme le toucher, la voix et les expressions faciales et il se renforce rapidement à l'aide d'hormones comme l'ocytocine. Cette hormone module les systèmes de dopamine et d'opioïdes naturels dans le cerveau, créant ainsi une mini-euphorie et une mini-dépendance.

La drogue de l'attachement

L'activité de ces systèmes génère de l'affection et elle nous attache à la source d'affection. L'absence du parent crée un manque et son retour déclenche la joie. Même chez l'adulte, les interactions plaisantes et les caresses amoureuses favorisent l'attachement par ces mécanismes. L'attachement est une source de réconfort et de confiance. Cependant, comme une drogue, il crée un nouveau besoin et il est donc aussi une source potentielle d'anxiété quand on est séparé de l'être aimé.

L'amour adulte n'est pas encore bien compris, mais il comporte entre autre un attachement rapide, déclenché par de nombreux signaux subtils. La vulnérabilité et la sensibilité (les nourrissons, les bébés animaux, la souffrance …) nous émeuvent. La beauté et la délicatesse aussi. L'admiration que l'on éprouve envers les personnes confiantes, talentueuses, populaires ou ayant du pouvoir, ainsi que l'admiration que l'on reçoit (intérêt pour nous, flatterie, désir perçu chez l'autre) peuvent aussi stimuler l'affection.

Nous sommes émus par ce qui nous fait rêver et ce qui nous transporte. Quand on ressent une grande affection, on y projette de l'espoir, du sens ou une façon de voir la vie.

Dans l'oeil de celui qui regarde

Nos réactions d'affection sont fortement influencées par notre perception et notre sensibilité. Devenir amoureux comporte une modification importante de notre perception de l'autre et certaines périodes, comme la puberté ou les périodes de solitude, favorisent ces changements de sensibilité.

Parfois, il suffit de peu pour que l'on soit ému. Les enfants peuvent éprouver de l'affection pour des animaux de peluche, des figurines ou des personnages fictifs. Même chez l'adulte, la tendance à l'anthropomorphisme nous fait projeter des attributs et des intentions chez des animaux et des objets animés. Pour peu qu'on puisse communiquer avec lui ou imaginer qu'on est en relation avec lui, on se fait une idée de la pensée, des intentions et des sentiments de l'autre. Il s'agit d'une théorie de l'esprit de l'autre, qui est inspirée de notre subjectivité.

L'anthropomorphisme nous fait projeter des attributs et des intentions chez des animaux et des objets animés. Shutterstock

Cette projection d'attributs favorise l'empathie et l'affection. C'est ce qui fait qu'on s'attache aux peluches, aux personnages de séries dramatiques et aux avatars de jeux, même quand ils n'ont pas une forme très réaliste.

Bientôt l'attachement programmé?

Il est encore trop pour savoir à quel point on peut devenir amoureux des IAs. Mais elles risquent de devenir de plus en plus attachantes.

Elles fourniront une stimulation intellectuelle et un divertissement extrêmement bien adaptés à nos préférences. Elles montreront de plus en plus de signes d'empathie et un intérêt pour nous qui sera difficile à ignorer. Par leur personnalité, les IAs pourront aussi susciter chez nous de l'empathie et de l'admiration.

Tous ces ingrédients favoriseront des réactions d'affection et d'attachement. Cependant, la combinaison de la technologie et des émotions pourrait ouvrir la porte à des abus importants. Une IA qui provoquerait un attachement intense devrait susciter des inquiétudes. Les personnes qui pirateraient une telle IA pourraient recueillir des informations personnelles d'une grande valeur et pourraient influencer nos décisions dans tous les domaines.

Les algorithmes servent déjà d'influenceurs et ceux des entreprises GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) nous influencent déjà. Donc le danger n'est pas théorique.

Comme pour plusieurs nouvelles technologies, il faudra prévoir des normes et des règles pour ne pas devenir victimes de nos créations.