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femme enceinte parle à des amis sur Zoom
De nombreux articles ont mis en lumière les défis psychologiques et sociaux rencontrés par les femmes enceintes pendant la crise sanitaire. Cependant, la pandémie a aussi eu des aspects positifs pour certaines d'entre elles. (Shutterstock)

Devenir parent en temps de pandémie : entre désarroi et bonheur

La grossesse est souvent synonyme de grande joie. Mais certaines femmes enceintes vivent aussi du stress ou de la détresse psychologique. Ces émotions peuvent affecter leur santé et leur bien-être, ainsi que celui de l’enfant en devenir.

La pandémie a exacerbé cette situation, selon diverses études. Ses répercussions sur les femmes enceintes seraient dues, notamment, à la diminution du soutien social, conséquence directe des mesures sanitaires.

Notre équipe intersectorielle de chercheuses associées à la Chaire en santé des familles de l’Université du Québec (RISUQ) réunit des expertises en sociologie, en sciences du mouvement, en psychologie, en anthropologie et en biologie. Notre objectif principal est de mieux comprendre les facteurs protecteurs, comme la capacité d’adaptation au changement et les réseaux familiaux et sociaux, et ceux liés aux vulnérabilités, comme la précarité sociale, auxquelles font face les femmes enceintes et nouvelles mères, afin de mieux identifier les cibles et stratégies d’intervention et de prévention.

La pandémie a impacté les besoins des femmes enceintes

Des données qualitatives et provenant d’organismes communautaires ont souligné les effets délétères de la diminution du soutien social et des contacts physiques pour les femmes enceintes et récemment mères. Ces distanciations sociales ont compliqué en particulier la célébration des différentes étapes associées à l’arrivée d’un nouveau-né, notamment avec les (futurs) grands-parents, la famille élargie ou les amis.

Des analyses préliminaires de l’étude en cours « Résilience et stress périnatal pendant la pandémie » (RESPPA), menée auprès de femmes de différentes régions du Québec, a montré que celles ayant moins de support de leur partenaires avaient des niveaux d’anxiété (générale et en lien avec la grossesse) plus élevés ainsi que plus de symptômes de dépression. Cette étude est unique de par son devis longitudinal (suivi depuis le premier trimestre de la grossesse jusqu’à deux ans postnatal). Elle permettra d’explorer l’évolution de la santé psychologique au cours du temps (et des différentes vagues de la pandémie), et les facteurs qui peuvent modifier ou modérer positivement comme négativement l’effet de la pandémie sur la santé psychologique.

Les habitudes de vie telles que l’activité physique, la nutrition, et le sommeil qui ont un effet particulièrement protecteur pendant la grossesse, ont aussi été négativement affectées par la pandémie. D’autre part, la perte de revenu, la distanciation sociale et l’isolement font partie des facteurs pouvant entraîner une détérioration des saines habitudes de vie et du bien-être. L’étude RESPPA pourra aussi explorer comment les habitudes de vie ont été affectées pendant la pandémie et si elles ont eu un effet protecteur sur le maintien du bien-être.

L’importance d’une grossesse en santé

L’expérience de la grossesse et de la transition vers la parentalité est intimement liée à l’environnement dans lequel vit la femme, ainsi qu’à des facteurs biologiques et génétiques. Selon le concept des origines développementales de la santé et des maladies (DOHaD), l’interaction de ces éléments influence la santé à long terme de la mère et de son enfant. Cette interaction peut être à l’origine de maladies cardiovasculaires, par exemple.

Médecin portant un masque de protection effectuant un dépistage par ultrasons pour une femme enceinte dans une clinique moderne
Étudier comment la femme vit sa grossesse à partir d’une approche intersectorielle permet de fournir des informations complémentaires importantes et une compréhension globale des facteurs protecteurs et de vulnérabilité. (Shutterstock)

En contexte de pandémie, l’étude du bien-être associé à la transition à la parentalité est cruciale pour mieux comprendre les facteurs associés, entre autres, au bien-être psychologique et à l’adoption ou au maintien d’un mode de vie sain pendant la grossesse. Ces facteurs peuvent notamment avoir un effet positif sur le fonctionnement du placenta, organe essentiel au bien-être de la grossesse et du fœtus.

Nos travaux de recherche sur le placenta apportent ainsi un regard nouveau sur l’impact de la pandémie sur la grossesse et la santé des futures mères et de leur enfant. Ainsi, étudier comment la femme vit sa grossesse à partir d’une approche intersectorielle (bio-psycho-sociale) permet de fournir des informations complémentaires importantes et une compréhension globale des facteurs protecteurs et de vulnérabilité.

Les côtés positifs de la pandémie

Certaines femmes enceintes durant la pandémie disent avoir vécu une transition plus douce vers la parentalité. Par exemple, une étude a montré que la pandémie peut contribuer à resocialiser les personnes les plus à risque d’isolement social, à travers des contacts et réunions virtuels tels que les appels vidéo avec des amis, la famille et même des prestataires de soins de santé. Cet effet positif de la pandémie a été observé plus particulièrement chez les femmes enceintes à mobilité réduite ou celles ayant de la difficulté à accéder aux ressources communautaires existantes, comme les nouvelles arrivantes dont les réseaux sociaux sont limités.

En accord avec ces observations, d’autres analyses préliminaires de l’étude RESPPA ont révélé qu’au-delà des impacts négatifs, certaines femmes enceintes ont identifié des aspects positifs de la pandémie, comme, par exemple, l’augmentation du temps de qualité.

Dans un autre de nos projets intersectoriels, intitulé « Périnatalité et transition à la parentalité au temps de la Covid-19 : du social au moléculaire » (PériParP) Laurence Charton, une des chercheuses principales, a réalisé des entrevues au Québec qui ont permis de mieux comprendre les expériences vécues par les femmes enceintes, les nouvelles mères et leur famille durant la pandémie. Il est ainsi entre autres ressorti que la mise en place du télétravail pendant la pandémie a facilité l’expérience de la grossesse pour certaines, notamment en leur évitant de devoir prendre les transports en commun ou en leur permettant de se reposer sans culpabiliser :

Travailler de la maison. Ça change tout. De se dire « Si t’es trop fatiguée, tu peux prendre une sieste, tu peux continuer ton travail après ».

Le télétravail durant les premiers mois suivant l’accouchement a également été vécu positivement par de nombreux parents, qui pour certains n’envisagent plus que ce mode de travail :

C’est peut-être bizarre à dire, mais, moi, la pandémie, ça m’a comme arrangée dans le fond. Je retournerai pas travailler au bureau non plus […] C’est quelque chose que mon travail a mis en place pis je suis vraiment contente.

Un moment pour repenser sa vie et fonder une famille

Alors que les médias et des études ont relevé les effets négatifs de la pandémie, certains individus rapportent plutôt que cette expérience leur a permis de repenser leur trajectoire de vie, notamment leur désir, ou non-désir, d’enfants.

La pandémie a permis aussi à certains couples, en ralentissant le rythme du quotidien, d’envisager avoir un enfant, comme le confiait par exemple une Montréalaise :

Pendant le confinement, moi j’ai pas travaillé pendant un trois mois […] Pis là, honnêtement, ça comme été une pause, ça vraiment vraiment fait du bien. On dirait qu’à partir de là, je sentais que j’étais prête à vivre la maternité.

Pour d’autres couples, déjà parents, la pandémie s’est présentée comme le « bon moment » pour agrandir leur famille, comme l’explique une mère rencontrée en Abitibi-Témiscamingue :

C’est le meilleur moment, dans le fond pour en avoir un autre, bébé. Parce qu’on va rester chez nous de toute façon. On est obligé de le faire, fait que tant qu’à ça, tsé ! On va comme en profiter pour ! Fait que nous, c’est vraiment dans ce minding-là.

Ces différentes observations et données soulignent la pertinence d’étudier de manière intersectorielle la santé et le bien-être périnatal. Ainsi, comprendre comment différents facteurs biologiques, psychologiques et sociétaux peuvent interagir pour favoriser ou altérer la santé et le bien-être de la mère, de l’enfant et de la famille permettra de mieux comprendre les facteurs protecteurs et de vulnérabilité vécus en temps de pandémie.

Nos résultats contribueront ainsi à la mise en place de stratégies d’intervention et de prévention pour favoriser le bien-être des familles en contexte de pandémie et de bouleversement social.

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