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Plus de la moitié des enseignants (57 %) considère l'enseignement à distance comme un défi à relever et 61% comme une occasion d’adopter de nouvelles pratiques. shutterstock

Enseignement à distance : source de renouveau pédagogique ?

Depuis le début de la pandémie, bon nombre d’enseignants ont dû passer, bon gré mal gré, à l’enseignement à distance. Alors que les cours avaient été conçus pour être donnés en présence et que la plupart des enseignants n’étaient pas formés à enseigner à distance, le passage d’un mode d’enseignement à l’autre s’est réalisé de manière très disparate selon les établissements et a été, voire est encore, source de préoccupation et de fatigue pour les enseignants comme les apprenants.

De fait, la première vague de la pandémie a pris les milieux de l’éducation et de l’enseignement supérieur de nombreux pays par surprise. Cela les a amenés à élaborer différentes formations et ressources éducatives libres afin de soutenir les enseignants dans la mise en œuvre des changements qui s’imposaient.

Au Québec, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a été l’un des premiers à réagir en commandant dès le mois d’avril 2020 une formation pour aider les enseignants à se familiariser avec la formation à distance.

En tant que responsable de cette formation intitulée J’enseigne à distance, je propose de revenir brièvement sur la création de cette formation inédite ayant impliqué une cinquantaine d’experts et de praticiens, sur la rétroaction que nous avons eue de la part des participants, puis de conclure sur les questionnements qui demeurent quant à l’avenir.

Une formation solidaire

J’enseigne à distance est une formation gratuite, en libre accès, qui a été conçue et mise en ligne de manière progressive entre les mois de mai et août, en pleine première vague de pandémie. Afin d’agir rapidement et d’offrir une formation adaptée aux réalités du terrain, de nombreux spécialistes ont travaillé à la création de cette formation.

L’Université Téluq, spécialisée dans la formation à distance depuis 1972, en a été le pilier. Son département en éducation compte des professeurs experts dans les différents ordres d’enseignement et rassemble la plus grosse équipe en formation à distance et en technologie éducative au Québec. Pour relever le défi colossal posé par la pandémie, elle a mobilisé dix professeurs, de même que des professionnels des services de formation continue et des services technopédagogiques.


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Elle n’a cependant pas agi seule. La Téluq a aussi pu compter sur la collaboration de praticiens issus de l’École en réseau, du centre de services scolaire de la Beauce-Etchemin, des RÉCITs, du REPTIC, de FADIO et de divers collèges et universités du Québec.

Tous les collaborateurs ayant participé à la création de cette formation ont travaillé avec enthousiasme, dans un élan de solidarité avec l’ensemble des enseignants, en dépit des conditions difficiles causées par la surcharge de travail et la présence des enfants à la maison. C’est grâce à cette dynamique et au mélange d’expertises qu’une formation réaliste proposant de nombreux conseils pratiques a pu être proposée en seulement quelques mois.

Une formation utile

Cette formation destinée d’abord aux enseignants du Québec connaît un rayonnement international. Elle attire différents intervenants des milieux de l’éducation de telle sorte que l’on compte aujourd’hui plus de 175 000 utilisateurs répartis dans 155 pays, dont le Canada, la France, le Maroc, la Belgique et les États-Unis.

Ceci s’explique notamment par le fait que les autres pays ont souvent un peu plus tardé à proposer des formations aux enseignants ou que celles offertes se centraient souvent sur des dispositifs techniques uniquement.

J’enseigne à distance a pour particularité d’être centré sur la pédagogie avec quatre microprogrammes : « Accompagner », « Diffuser », « Adapter » et « Évaluer ». Ces programmes fonctionnent indépendamment et se déclinent en trois niveaux d’enseignement. Ils sont accompagnés d’une boîte à outils commune à l’ensemble de la formation et d’éléments de soutien (conseils sur le développement professionnel ou webinaires organisés dans le cadre de l’enseignement supérieur).

Cette formation est accessible et gratuite. De plus, il est possible de s’y inscrire afin d’obtenir une attestation de suivi pour chacun des microprogrammes. Quelque 33 540 attestations ont ainsi déjà été délivrées. Selon un sondage réalisé auprès des participants, les deux tiers d’entre eux estiment que plus de 60 % de ce qu’ils ont appris leur sera utile, 9 % trouvent que cette formation va au-delà de leurs attentes, 41 % se déclarent très satisfaits et 43 % satisfaits, à tel point que 85 % seraient prêts à recommander cette formation à leurs collègues.

Des constats étonnants

Contrairement aux idées préconçues, il ne semble pas que la technologie soit ce qui préoccupe le plus les enseignants qui doivent offrir de l’enseignement à distance, mais le maintien des liens avec leurs apprenants et la façon de les soutenir dans leurs apprentissages. En effet, il est intéressant d’observer que c’est pour le microprogramme « Accompagner » que le plus d’attestations ont été émises dans les trois niveaux d’enseignement.

Par ailleurs, il convient de noter que 27 % des enseignants considèrent l’enseignement à distance comme une obligation dont ils se passeraient bien, 57 % comme un défi à relever, 61 % comme une occasion d’adopter de nouvelles pratiques et 40 % comme une occasion d’approfondir des compétences dans le domaine. De même, ayant eu l’occasion de réaliser un sondage auquel ont répondu plus de 660 enseignants et conseillers pédagogiques lors de la conférence d’ouverture de la journée du numérique en éducation, j’ai pu constater que malgré les craintes et la fatigue qui prédominent, un quart des enseignants est plutôt enthousiaste devant le défi actuel de l’enseignement à distance et 35 % considèrent l’accompagnement des élèves à distance comme un défi stimulant.

Ainsi, force est de constater que si beaucoup se sont mis à la formation à distance du fait des contraintes imposées par la situation et que ces changements sont une source de stress et de fatigue indéniable, certains y voient aussi une occasion de développer de nouvelles compétences ou pratiques.

Une tendance lourde

Au-delà de la pandémie, il sera intéressant de voir la manière dont ce passage par l’enseignement à distance influencera les pratiques pédagogiques lors du retour en classe. L’enseignement à distance ne semble pas adapté à tous les élèves, notamment les plus jeunes, en raison de l’autonomie qu’il requiert. Cependant, le fait que les enseignants cherchent à développer leurs compétences d’accompagnement à distance devrait également favoriser un certain développement de l’autonomie des apprenants qui pourrait également être utile en classe.

Les compétences acquises et les cours créés dans ce contexte si particulier pourraient par ailleurs permettre à des apprenants en déplacement ou malades de poursuivre leurs apprentissages ou à d’autres de profiter d’enseignements de spécialités offertes dans d’autres établissements que le leur, comme cela se fait déjà en Ontario.

Enfin, tandis que la première vague de la pandémie a imposé le passage à l’enseignement à distance, la volonté de maintenir le plus possible les apprenants en classe lors de cette seconde vague implique pour les enseignants de travailler à la fois en classe et à distance, ce qui invite à relever de nouveaux défis. Plus ou moins bien vécus par les enseignants et les apprenants, ces bouleversements devraient marquer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage au-delà de la durée de la pandémie.

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