Et si la pleine conscience nous rendait plus performants au travail ?

Il existe des mécanismes sous-jacents par lesquels la pleine conscience améliore la performance au travail. Fizkes / Shutterstock

Travailler plus, plus vite, pour être plus performant est une croyance bien ancrée aujourd’hui dans notre société. Hypersollicités et hyperconnectés, les salariés doivent faire face à un environnement professionnel en constante évolution et à un contexte économique sous contrainte, en proie à une incertitude croissante quant aux équilibres de demain.

La pandémie que nous traversons a contraint bon nombre de Français au confinement. Face à une situation de télétravail subi à laquelle ils n'étaient pas forcément préparés, ou plus radical encore, à l'obligation de se mettre en chômage partiel, les marathoniens du sprint professionnel ont du mal à ralentir.

En effet, le surinvestissement professionnel n’est pas sans conséquence : non seulement il peut devenir addictif – un phénomène identifié par le psychologue américain Wayne Oates en 1971 sous le mot « workaholism » –, mais il peut aussi dégrader la santé, le bien-être, et l’équilibre vie professionnelle–vie personnelle. Le « drogué au travail » voit sa performance décroître, là où la volonté première derrière cette hyperactivité était justement de la démultiplier.

« Mindfulness » et performance

La pleine conscience, plus connue sous l’anglicisme « mindfulness », est un concept ancré dans les traditions orientales méditatives, notamment bouddhistes. Il s’est récemment invité dans les sciences occidentales, et est devenu un construit psychologique prisé, donnant lieu à une littérature prolifique témoignant de ses effets bénéfiques dans la gestion du stress et l’amélioration du bien-être en général. Mais ses avantages ne s’arrêtent pas là.

La pleine conscience trouve son origine dans le bouddhisme. Sasint/Pixabay, CC BY

Les recherches montrent les bénéfices de la pleine conscience sur les pratiques de management. C’est dans cette veine que s’inscrit notre étude menée auprès de plus de 800 salariés européens.

Les résultats nous montrent une relation positive et significative entre la pleine conscience et la performance au travail. Mais au-delà de cette première conclusion, notre étude a également mis en évidence l’existence de mécanismes sous-jacents par lesquels la pleine conscience améliore la performance au travail : d’une part, cette pleine conscience soutient un rapport plus équilibré au travail et d’autre part, elle réduit l’addiction au travail.

Lutte contre les phénomènes addictifs

Les « workaholics » travaillent sans relâche. Ils sont adeptes de solutions mobiles et restent obnubilés par des problématiques professionnelles, même en dehors de leurs heures de travail. Le côté addictif de ce comportement se remarque par l’excessivité (consultation frénétique de sa messagerie à toute heure du jour ou de la nuit par exemple), mais aussi par une difficulté croissante à être objectif sur la performance délivrée.

Les journées de travail s’allongent de manière inconsidérée, des syndromes d’irritabilité et de manque apparaissent, puis les incidences sur la santé arrivent (comme baisse de la qualité du sommeil, augmentation du stress pouvant aller jusqu’au burn-out), pour finalement aboutir – ironiquement – à une diminution de la performance au travail.

La pleine conscience apparaît donc comme une capacité à focaliser son attention, et à autoréguler ses pensées, ses émotions et ses comportements. Cette qualité autorégulatrice permet aux salariés « mindful » de clarifier leurs valeurs, et de prendre conscience de leur dépendance à certaines addictions. Dans ce cadre, notre étude montre une relation négative et significative entre la pleine conscience et l’addiction au travail.

Addiction au travail : la génération Z fait de la résistance (Xerfi Canal, septembre 2019).

Un meilleur équilibre de vie

L’autre mécanisme que nous avons étudié est l’impact de la pleine conscience sur l’équilibre vie privée-vie professionnelle. Selon la théorie de la conservation des ressources, le temps surinvesti dans le travail se fait nécessairement au détriment de la vie privée et les addicts au travail deviennent hermétiques aux sollicitations de leurs familles et amis.

Notre étude démontre que les individus, dont le niveau de pleine conscience est plus élevé, bénéficient d’un meilleur équilibre de vie.

La pleine conscience est une alliée précieuse pour faire face aux incertitudes et aux situations de crise, comme le démontre une étude récente menée pendant un mois (de février à mars 2020) sur des Chinois en quarantaine à Wuhan, en Chine. Une pratique quotidienne de pleine conscience a réduit leur niveau d'anxiété et amélioré leur sommeil. Cette étude corrobore nos résultats, et confirme ainsi une nouvelle fois les bienfaits de la pleine conscience sur l’équilibre de vie.

Les bienfaits de la pleine conscience sur le bien-être ne sont plus à démontrer. Mais la pleine conscience présente aussi d'autres atouts, et nos résultats éclairent le lien positif entre pleine conscience et performance au travail. La pleine conscience nous aide à rééquilibrer nos vies, à nous libérer des nos addictions, et à remettre en question nos schémas mentaux sur la manière de conduire nos vies.


Cette contribution s’appuie sur l’article de recherche de Carole Daniel, Élodie Gentina et Jessica Mesmer-Magnus intitulé « How does mindfulness affect performance? The mediating role of workaholism and work-family conflict », qui est accepté à la conférence SIOP (avril 2020, Austin, Texas, États-Unis).

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