Des employés du laboratoire DaAn Gene à Guangzhou, dans la province du Guangdong, en Chine. EPA/Alex Plavlevski

La menace du Covid-19 force les chercheurs à partager leurs découvertes, et c'est une révolution pour la science !

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment déclaré l’état d’urgence de santé publique de portée internationale en lien avec l’épidémie du nouveau coronavirus, le Covid-19.

Le lendemain, Wellcome Trust, une fondation caritative de recherche, a appelé les scientifiques, les revues et les bailleurs de fonds du monde entier à partager rapidement et avec transparence les données et les résultats de la recherche sur le coronavirus afin d’informer le public et de sauver des vies.

Le même jour, l’Infrastructure nationale chinoise des connaissances a lancé un site web gratuit et a demandé aux scientifiques de publier leurs recherches sur le coronavirus en libre accès. Peu après, la revue Nature a publié un éditorial exhortant tous les chercheurs qui travaillent sur le coronavirus à « continuer à partager, à rester ouverts ».

Alors qu’on a verrouillé des villes et fermé des frontières en réponse à l’épidémie de coronavirus, la science devient de plus en plus ouverte. Cette transparence a déjà transformé le travail des scientifiques et pourrait changer le monde.

Cependant, il ne s’agit pas de simplement rendre les résultats d’études accessibles à tous, quel que soit leur but. Sans la prudence et la responsabilité, l’ouverture scientifique risque d’être mal utilisée ou de contribuer à la diffusion d’informations erronées.

Abattre les barrières

La science ouverte peut prendre différentes formes, notamment avec l’accessibilité des données, des publications et des ressources éducatives.

1. Données ouvertes

Le séquençage de l’ADN est d’une grande importance pour la mise au point de kits de diagnostic dans le monde entier. Yong-Zhen Zhang et ses collègues de l’Université Fudan, de Shanghai, sont les premiers à avoir séquencé l’ADN du nouveau coronavirus. Ils ont placé la séquence du génome dans GenBank, une base de données en libre accès. Les chercheurs de partout ont immédiatement commencé à l’analyser pour qu’on puisse établir des diagnostics.

En date du 19 février 2020, 81 différentes séquences génétiques de coronavirus avaient été partagées ouvertement via GenBank et 189 par le Centre national chinois de données génomiques. Il s’agit de données qui permettront aux scientifiques de décoder le mystère du Covid-19 et, espérons-le, de trouver un traitement ou un vaccin.

L’OMS et des organisations nationales, comme le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, publient également des données statistiques ouvertes concernant, entre autres, le nombre de personnes atteintes. Cela peut aider les chercheurs à cartographier la propagation du virus et à offrir au public des informations transparentes et à jour.

2. Publications ouvertes

Les publications scientifiques sont dispendieuses. Il en coûte 21 621 dollars CA pour un abonnement annuel institutionnel à une des revues Elsevier les plus chères, Tetrahedron Letters, et 893 dollars CA pour un abonnement personnel. Même l’Université Harvard ne peut se permettre des abonnements à toutes les revues. Cela signifie que ce ne sont pas tous les chercheurs qui ont accès à toutes les publications par abonnement.

Les auteurs peuvent offrir leurs articles en libre accès, mais ils doivent alors payer en moyenne 3400 dollars CA aux éditeurs en frais de traitement des articles. En 2018, seulement 36,2 pour cent des publications scientifiques étaient en libre accès.

En date du 18 février 2020, 500 articles scientifiques sur le nouveau coronavirus étaient accessibles dans la base de données scientifique Dimensions. Seuls 160 (32 pour cent) d’entre eux étaient présentés en libre accès, dont certains sur des serveurs de prépublications tels que bioRxiv et arXiv, qui sont des archives en libre accès largement utilisées pour la publication d’études avant leur examen par des pairs.

Normalement, il faudrait payer des frais d’abonnement pour lire les 340 autres articles. Toutefois, les textes publiés par les 100 sociétés qui ont signé la déclaration du Wellcome Trust sur le partage de la recherche sur le coronavirus ont été rendus disponibles en accès libre par les éditeurs.

De grands éditeurs comme Elsevier, Springer Nature, Wiley Online Library, Emerald, Oxford University Press et Wanfang ont également mis en place une page de ressources en libre accès. La base de données chinoise CQVIP offre un accès gratuit à l’ensemble de ses 14 000 revues pour la durée de l’épidémie de Covid-19.

Comme il faut en moyenne 160 jours pour qu’une prépublication soit publiée après examen par les pairs, le partage de ces versions préliminaires peut faire gagner du temps et sauver des vies. Le libre accès aux articles sur le coronavirus peut également accélérer la recherche mondiale sur ce sujet.

Le partage des données sur le coronavirus pourrait mener plus rapidement à l’élaboration d’un traitement. EPA/Alex Pavlevski

3. Des ressources éducatives ouvertes

En raison de l’épidémie, les universités chinoises ont reporté leurs nouveaux semestres et sont passées à l’apprentissage en ligne. En plus des 24 000 cours en ligne offerts aux étudiants, des universités (dont les prestigieuses Université de Pékin, Université Tsinghua et Université Jiaotong de Xi’an) présentent au public des cours en ligne gratuits sur le Covid-19. Cela permet à la population d’avoir accès à des informations fiables fondées sur la recherche universitaire, de mieux comprendre le virus et de s’en protéger.

Une science ouverte et responsable

Si tous ces développements sont positifs, il est important de se rappeler qu’une science ouverte ne signifie pas une science sans limites. Tant les chercheurs que le public doivent en faire une utilisation responsable.

Pour commencer, les scientifiques doivent faire preuve de respect mutuel pour l’intégrité de leurs travaux. Il y aurait déjà eu des dissensions sur la question de savoir si les chercheurs doivent demander l’autorisation de reprendre les données de séquençage du génome du coronavirus partagées en prépublication.

En supposant que les scientifiques agissent de bonne foi et non seulement pour des visées carriéristes, il demeure important qu’ils clarifient les conditions dans lesquelles ils rendent leurs études accessibles et qu’ils vérifient attentivement ces conditions lorsqu’ils se servent de données que d’autres ont publiées. L’utilisation responsable des données de prépublication est essentielle pour favoriser « une culture scientifique qui encourage une coopération transparente et explicite ».

La mise à disposition des recherches sans examen par les pairs – comme c’est le cas sur les serveurs de prépublication – comporte également son lot d’écueils, car des interprétations erronées et des erreurs peuvent facilement se produire. Dans un article publié sur bioRxiv le 2 février 2020, des chercheurs prétendaient avoir découvert des « insertions » dans l’ADN du coronavirus qui présentaient une « étrange similarité » avec des bouts de l’ADN du VIH.

Après que leur travail eut fait l’objet de critiques, les auteurs de l’article l’ont retiré en déclarant qu’ils n’avaient pas l’intention « d’alimenter des théories de conspiration » selon lesquelles le nouveau coronavirus avait été fabriqué. De telles théories ont été condamnées récemment par 27 scientifiques de huit pays dans une déclaration commune publiée dans la revue médicale The Lancet.

Pourtant, jusqu’au 19 février 2020, l’article retiré a été l’étude la plus discutée sur tous les médias d’information en ligne et les médias sociaux, selon le site de classement Altmetric. Le document a été retiré, mais pas oublié.

La science ouverte est essentielle pour relever les grands défis du monde. Mais lorsque l’information peut être utilisée à mauvais escient, déformée ou mal interprétée si rapidement de par le monde, il est nécessaire que les scientifiques et le public abordent la science ouverte avec beaucoup de prudence et de responsabilité.

This article was originally published in English

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