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Le Secrétaire général Antonio Guterres s'exprime sur ses priorités pour 2023 lors de la 58e séance plénière de l'Assemblée générale au Siège de l'ONU à New York le 6 février 2023
Les objectifs de développement durable ont été conçus pour pallier à la pauvreté extrême, aux inégalités sociales, à la crise climatique et à la perte de biodiversité. (Shutterstock)

Le PIB n’est pas suffisant pour mesurer le développement d’un pays. Et si on le remplaçait par les objectifs de développement durable ?

Le produit intérieur brut (PIB) a depuis longtemps été le principal indicateur de la croissance économique un peu partout dans le monde.

Or, cet indice ne tient pas compte de facteurs essentiels à la croissance et au développement d’un pays tels que les inégalités sociales, l’environnement, ou encore le bien-être des citoyens.

Face à l’impasse climatique et aux limites du modèle économique actuel basé sur la croissance infinie du capitalisme, il existe depuis au moins une dizaine d’années une réflexion à propos de « l’après-PIB ».

Nous sommes deux chercheurs affiliés au Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa. Depuis quelques années, nous portons un intérêt particulier à la mise en œuvre du cadre des objectifs de développement durable de l’ONU. Nous exposons ici pourquoi il est nécessaire, selon nous, de réfléchir à une mesure alternative de l’activité et de la croissance économiques.

Le développement durable, bien plus qu’une question environnementale

L’Agenda 2030 des Nations unies représente un plan d’action universel visant à promouvoir le développement durable en équilibrant les aspects sociaux, économiques et environnementaux. Il touche tous les pays, y compris les plus riches.

Au cœur de cet agenda se trouvent les 17 objectifs de développement durable (ODD), une série d’ambitions couvrant un large éventail de défis de développement englobant les aspects liés au bien-être humain, à l’équité et à l’inclusion sociale. Ces objectifs permettent de reconnaître explicitement que le développement durable ne peut être atteint par des actions isolées sur une seule dimension (environnementale, par exemple), mais nécessite un effort coordonné à travers plusieurs domaines.

Est-ce que les ODD peuvent contribuer à remplacer les mesures de croissance traditionnelle comme le PIB ? C’est l’une des questions que nous nous sommes posées lors d’une conférence organisée par le Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa. Nous y apporterons une amorce de réponse dans cet article.

Que sont les objectifs de développement durable ?

Au-delà du PIB

« L’après-PIB » est un nouveau concept qui exprime le besoin d’une mesure du développement plus inclusive et plus durable, qui va au-delà de la simple évaluation de la production économique d’un pays.

À l’aide de l’exemple de l’Agenda 2030, cet article propose une analyse exploratoire du rôle de ce cadre mondial dans le contexte de pays riches, en prenant le Canada et la France comme exemples.

Nous identifions et analysons les différentes mesures prises par ces deux pays pour aligner leurs stratégies de développement aux ODD. Bien que ces démarches existent, elles demeurent largement méconnues du grand public. Notre objectif est donc d’apporter un éclairage sur ces initiatives et de contribuer à une reconnaissance de leur existence et de leur potentiel comme mesure du développement.

Des objectifs multidimensionnels

Les ODD offrent une vision alternative et plus complète pour mesurer le progrès et le développement des pays. Ils se démarquent donc nettement des indicateurs économiques traditionnels tels que le PIB.

Les ODD ont été adoptées en 2015 via un processus de négociation impliquant les 193 États membres des Nations unies pour répondre à une série de défis mondiaux interconnectés auxquels l’humanité est confrontée.

Mais, plus important encore, les ODD reconnaissent la nécessité de changer de cap dans un contexte désormais caractérisé par de profondes et rapides transformations économiques, sociales et environnementales. Par exemple, les ODD ont été conçus pour pallier à la pauvreté extrême, aux inégalités sociales, à la crise climatique et à la perte de biodiversité. Par contraste, le PIB, en tant que mesure de l’activité économique, ne prend pas en compte la distribution équitable des richesses, la durabilité de la croissance ou la préservation des ressources naturelles.

En somme, l’adoption des ODD comme mesure multiscalaire (depuis l’échelle la plus locale jusqu’à celle continentale et mondiale, en passant par le national) de la croissance et du développement des pays peut potentiellement permettre une évaluation plus représentative, plus équitable et plus inclusive de leur progrès, en accord avec les principes du développement durable.

La France se mobilise

Mais est-ce vraiment possible de mesurer le développement durable ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord regarder du côté des efforts consentis par les pays.

Le cas de la France offre une perspective intéressante sur l’intégration des ODD dans la mesure du développement. En accueillant la COP21 en 2015, la France a non seulement servi de plate-forme pour l’adoption de l’Accord de Paris, mais elle a également assumé un rôle de médiateur entre les nations, contribuant à forger un consensus mondial sur la nécessité de limiter le réchauffement climatique. La France s’est donc engagée rapidement et activement dans l’opérationnalisation des ODD, mettant en œuvre une série de stratégies, d’initiatives et de collaborations.

Par exemple, la Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030, publiée en septembre 2019, met l’accent sur la transition juste et la transformation du modèle de société pour promouvoir la sobriété carbone.

De surcroît, les politiques françaises mettent l’accent sur la participation citoyenne dans le choix des projets à réaliser. Par exemple, la ville de Saint-Fons a développé un « Plan cadre de développement durable », afin d’inscrire, revoir et évaluer ses actions et ses projets par rapport à la mise en œuvre des ODD sur son territoire urbain.

Et du côté du Canada ?

Le processus d’intégration des ODD au Canada, bien que plus récent par rapport à la France, montre des signes encourageants à travers diverses initiatives en cours.

Notamment, le Canada a adopté en 2021, La Stratégie nationale du Canada pour le Programme 2030 – Aller de l’avant ensemble. Pour le Canada, cette démarche représente d’abord un engagement à respecter ses obligations internationales envers les Nations unies, en harmonisant ses actions avec les 17 ODD, tout en adoptant une approche plus holistique pour améliorer le bien-être économique, social et environnemental de sa population.

Afin de quantifier les ODD, il faut mettre en place des indicateurs et collecter l’information. Statistique Canada a donc créé le Carrefour de données pour le Cadre mondial d’indicateurs liés aux objectifs de développement durable, qui joue un rôle important dans le suivi et la déclaration des progrès du Canada en matière d’ODD auprès des Nations unies. Ce portail en ligne offre des données en libre accès.

Bien que ce projet soit embryonnaire, Statistique Canada poursuit son examen des différentes sources de données potentiellement utilisables pour déclarer les ODD auprès des instances internationales comme l’ONU, mais aussi à l’interne auprès des divers acteurs canadiens, y compris les gouvernements, le secteur privé, la société civile, et les communautés.

Un travail colossal

Malgré ces quelques progrès, il reste énormément de travail à faire. L’adoption des ODD comme mesure de développement dans les pays riches nécessite un changement de paradigme majeur. De nombreux défis doivent être surmontés, notamment en termes de méthodologie, de collecte de données, de mise en œuvre des politiques et d’acceptabilité sociale.

Les ODD et leurs indicateurs représentent un instrument utile et novateur de mesure du développement des sociétés, qui prend en compte une multiplicité de facteurs sociaux et environnementaux, mais aussi politiques et économiques.

Bien que des objectifs visant l’atteinte des ODD ou même la décarbonisation de l’économie d’ici 2030 puissent paraître irréalisables, ils sont tout de même légitimes. Les ODD nous obligent à évaluer et à perfectionner continuellement nos politiques publiques pour tendre vers un développement durable.

Et si nous n’atteignons pas toutes les cibles d’ici 2030, il ne faut pas forcément tout abandonner. À condition, bien entendu, d’avoir fait un pas dans la bonne direction, en adoptant une approche holistique du développement durable plutôt que des indicateurs strictement économiques comme le PIB. La vision proposée par le cadre des ODD donne, en effet, un cadre et des objectifs pour l’orientation et la mise en œuvre de politiques publiques mieux adaptées aux défis actuels et futurs.

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