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En annonçant un partenariat avec Microsoft, la start-up française Mistral AI a crée la polémique. Shutterstock

Le succès de Mistral AI exaspère l’UE !

En signant un accord de distribution avec Microsoft fin février, la pépite française de l’intelligence artificielle générative, Mistral AI n’imaginait pas être aussi critiquée. Concrètement, l’entreprise française, soutenue notamment par Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Eric Schmidt, a décidé d’autoriser la distribution d’un de ses modèles de langage, Mistral Large sur la plate-forme Microsoft Azure.

Commentant ce rapprochement, le député allemand, Kai Zenner, s’est dit extrêmement furieux d’un prétendu « double jeu des Français ». La France avait en effet obtenu des concessions importantes lors des débats précédant l’adoption de l’AI act, la loi européenne qui vise à réglementer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Les représentants français avaient souligné qu’un texte trop restrictif obligerait les start-up européennes, dont Mistral AI, à coopérer avec des sociétés américaines.

Les propos très critiques à l’égard de la stratégie de la start-up française Mistral AI posent la question de la compréhension par les instances européennes de la dynamique de développement de l’industrie de l’IA. Or, la lutte concurrentielle qui s’engage opposera des écosystèmes et non des entreprises isolées. S’attaquer à cet accord pourrait ainsi à terme nuire surtout à la pépite française et, par ricochet, à l’économie de l’Union européenne.

Un accord avantageux pour Mistral AI

Mistral AI a signé à la fin du mois de février un accord de distribution de son modèle de langage le plus complexe, Mistral Large, sur la plate-forme Miscrosoft Azure. Pour rappel, Azure est une plate-forme de cloud computing (informatique « dans les nuages ») permettant aux organisations d’accéder à des ressources informatiques sans avoir à investir dans des data centres ou à gérer les serveurs.

Le développement de l’IA conduit Microsoft à intégrer des services de deep learning dans Azure. Toutefois, la firme de Redmond semble peu confiante dans sa capacité à développer en interne le meilleur modèle de langage. Il est possible que les revers passés de sa R&D interne (Windows phone ou Bing) conduisent Microsoft à privilégier des partenariats technologiques avec d’autres entreprises. Microsoft opère donc des prises de participation dans des entreprises prometteuses comme OpenAI ou Mistral AI.

Microsoft Azure est aujourd’hui la deuxième plate-forme de cloud computing derrière celle d’Amazon mais loin devant les plates-formes de Google ou Alibaba. L’accord récent permet à Mistral AI de s’insérer dans un écosystème performant et pérenne. Il lui ouvre le marché global du service aux entreprises et étend également le réseau des développeurs exploitant les performances de Mistral Large dans leurs propositions de solutions aux entreprises.

Cette constitution d’écosystèmes montre la modification de la lutte concurrentielle dans l’industrie de l’IA. En 2023, la compétition opposait les performances des différents modèles de langage disponibles. L’IA générative est aujourd’hui stabilisée et Yi du chinois 01.AI peut rivaliser avec GPT-4 alors que le premier modèle cité utilise deux fois moins de paramètres que le second. L’année qui commence devrait voir s’opposer les écosystèmes formés autour des différents modèles de langage disponibles.

Un champion européen

À défaut d’une grande plate-forme de cloud computing européenne, il faut donc se réjouir de l’arrivée de Mistral AI dans l’écosystème créé par Microsoft. L’accord signé début mars avec Snowflake, une autre entreprise de l’informatique dans les nuages, montre que la start-up française ne compte pas se contenter d’un accord avec Microsoft. La jeune pousse entend bien insérer son modèle Mistral Large dans un grand nombre d’écosystèmes dédiés à des usages professionnels.

Mistral AI est désormais valorisée 2 milliards de dollars. Depuis sa dernière levée de fonds, elle est principalement détenue par deux sociétés de capital-risque américaines. Les 15 millions de dollars investis sous forme d’obligations convertibles par Microsoft sont loin de ressembler à une prise de contrôle qui enfermerait la start-up française dans une relation exclusive avec cette entreprise.

L’accord signé avec Snowflake montre que Mistral AI n’entend pas être pieds et poings liés avec Microsoft qui est un partenaire parmi d’autres. De la même façon, Microsoft n’entretiendra pas une relation exclusive avec Mistral AI, mais multiplie les relations avec des sociétés spécialisées. Dans ce contexte concurrentiel renouvelé, lié notamment aux caractéristiques intrinsèques de l’IA, quel sens pourrait revêtir la notion de champion européen dans ce domaine ?

Explosions des capitalisations boursières

L’intelligence artificielle constitue une technologie fondamentalement disruptive qui portera la croissance économique des années futures. Aux États-Unis, l’explosion des capitalisations boursières de Nvidia ou de Supermicro, deux fournisseurs de hardwares indispensables aux avancées de l’IA, indique l’intérêt des investisseurs pour ces technologies prometteuses.

Dans ce contexte, il est désespérant de constater que les start-up européennes, tous secteurs confondus, n’auront collecté que 51 milliards de dollars en 2023, contre 83 milliards en 2022 et 106 milliards en 2021. En d’autres termes, nous nous montrons incapable de construire le réseau d’entreprises susceptible de soutenir le développement de cette industrie sur notre continent et ce handicap influencera notre compétitivité internationale future. Depuis le succès du premier système d’exploitation de Microsoft, nous savons qu’un géant de l’informatique se construit sur un écosystème d’entreprises et de partenaires qui exploitent son logiciel. Sans cet écosystème, Mistral AI tout comme l’initiative Kyutai d’un autre groupe français, Iliad, ne pourront rien contre leur concurrents américains ou chinois.

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