L'Éducation physique et à la santé était absente dans bon nombre d'écoles depuis la reprise. ministre a corrigé le tir pour l'automne et c'est tant mieux, car il est urgent et essentiel que les jeunes soient actifs. shutterstock

L’éducation physique et à la santé est primordiale. Voici pourquoi

Création de « bulles » entre les élèves, distanciation physique, déplacements des professeurs entre les classes ; le ministre de l’Éducation, Jean‑François Roberge, a présenté son plan pour la rentrée scolaire à l’automne. Bonne nouvelle : les cours d’éducation physique et à la santé (EPS) sont de retour pour tous les élèves.

Mais, dans ce contexte, à quoi ressembleront-ils ? Comme au printemps, seront-ils aussi les premiers à être coupés en cas d’une nouvelle vague de confinement forcée ? Nous statuons au contraire qu’il s’agit d’une discipline scolaire primordiale, modulable en fonction des règles sanitaires, qui devrait être valorisée et maintenue à l’horaire peu importe les circonstances.

Quelques élèves de certaines écoles de la province ont pu peu à peu retourner sur les bancs de l’école depuis mai. Mais toutes les disciplines scolaires n’étaient pas au programme et l’EPS fut l’une des grandes absentes dans bon nombre d’écoles.

Le ministre a corrigé le tir pour la rentrée à l’automne et c’est tant mieux, car il est urgent et essentiel que les jeunes soient actifs pour réussir à l’école. Des données recueillies durant cette pandémie montrent une réduction de la pratique d’activités physiques ainsi qu’une augmentation des problématiques de santé mentale, tout particulièrement chez les adolescents. Voilà pourquoi L’EPS devait être remise à l’horaire.

Des solutions créatives

Beaucoup d’options sont désormais disponibles et pertinentes pour avancer dans un mode essais et erreurs, mais idéalement aussi de navigation à vue. Pour les enseignants d’EPS, la Direction générale de la santé publique a déjà proposé des mesures d’adaptation en collaboration avec la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques du Québec (FEEPEQ) afin de respecter la distanciation physique, assurer le lavage régulier des mains, minimiser les contacts ou la transmission d’objets.

L’enseignement à l’extérieur constitue une excellente option pour respecter les consignes sanitaires. Shutterstock

La discipline EPS est donc déjà en pleine évolution et plusieurs modèles sont déjà proposés. Plusieurs activités physiques peuvent se réaliser à distance physique comme du vélo, des courses à relais ou encore des parcours de motricité.

Plutôt que de bannir les activités collectives, il est plutôt possible de les adapter aux recommandations sanitaires. Enfin des organisations, comme EPS Canada, proposent également des lignes directrices pour soutenir la mise en œuvre de l’EPS à l’école en contexte de pandémie.

Une forme d’enseignement hybride

Pour les élèves de 4e et 5e secondaires, qui pourraient ne revenir qu’un jour sur deux à l’école, les enseignants d’EPS ont aussi proposé des formes hybrides de leurs cours sur Facebook, YouTube ou sur d’autres plates-formes d’enseignement.

Des ressources complémentaires pour les élèves du secondaire sont proposées par la chaire Unesco en développement curriculaire. Des sites spécialisés proposent aussi de nouvelles activités adaptées pour les élèves avec des besoins particuliers ou encore pour favoriser l’inclusion inclusion de tous.


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L’enseignement à l’extérieur constitue aussi une excellente option à court ou moyen termes, car l’application facile de la distanciation physique et la bonne circulation de l’air diminuent les risques de propagation du virus.

À ce sujet, des propositions d’ajustements existent déjà et l’enseignement de l’EPS en plein air est une bonne idée pour les activités estivales comme pour la reprise de l’automne.

Mais attention, on ne construit pas l’avenir d’une discipline en temps de crise.

Pourquoi l’EPS est importante

L’EPS aide les jeunes à acquérir les connaissances, les attitudes, les compétences, les comportements et la confiance nécessaires pour être actifs toute leur vie, tout en leur donnant la possibilité de bouger pendant la journée scolaire et de renforcer leur potentiel d’apprentissage et donc leur réussite éducative.

Plusieurs recherches ont confirmé les bénéfices majeurs que peuvent avoir l’activité physique régulière ou l’éducation physique sur plusieurs sphères du développement des jeunes, ce qui la distingue des autres disciplines scolaires. Aucune autre discipline n’a autant d’effet sur le développement et la santé [physique, psychologique, sociale et cognitive].

L’EPS utilise aussi les pratiques sportives codifiées (basketball, soccer, badminton, judo) et les pratiques motrices à visées artistiques (danse, gymnastique, cirque) comme moyens d’apprentissage physique, technique, social, psychologique, cognitif et culturel.

Elle permet également une intégration d’objectifs plus généraux relatifs au développement personnel (social, psychologique, cognitif, moteur), l’intégration sociale, et l’acquisition d’autres compétences qui permettront à l’élève de gérer sa vie adulte et prendre en main sa propre santé et son mieux-être.

Garder les jeunes à l’école

Pour certains, l’EPS est ce qui garde les jeunes à l’école. Elle constitue donc un vecteur d’éducation utile au même titre que les autres disciplines scolaires et elle nécessite une personne qualifiée pour écouter, adapter, guider et faire apprendre.

Cette éducation globale au travers de l’EPS par des connaissances sur les bienfaits de l’activité physique, un savoir-faire (réaliser une action motrice avec efficacité), un savoir-apprendre (utiliser une planification d’entraînement ou de progression) et un savoir-être (gérer ses émotions, avoir de bonnes relations sociales) suivra l’élève toute sa vie. De plus, il existe des moments spécifiques pour développer certaines habiletés et reporter leur apprentissage comporte des risques. L’EPS n’est pas la même avec des petits de la maternelle, qu’avec des enfants ou des adolescents !

L’EPS est donc au cœur d’une approche globale visant à promouvoir le développement sain et actif de tous les jeunes, de la prématernelle jusqu’à l’Université. Idéalement, il devrait y avoir des cours d’EPS chaque jour à l’école. Or avant la crise, le cours n’était dispensé au Québec que pendant 2 heures au secondaire sur une période de neuf jours.

En 2017 et 2019, deux mesures gouvernementales sont venues renforcer les recommandations de l’OMS pour que les jeunes puissent pratiquer minimalement 60 minutes d’activité physique au quotidien à l’école, ce qui s’avère être un pas dans la bonne direction.

La petite histoire de l’EPS

Au Québec, l’EPS comprend deux blocs complémentaires et essentiels depuis le programme scolaire de 2001 au primaire et de 2003 au secondaire : l’éducation physique et l’éducation à la santé. L’objectif était de permettre aux jeunes de s’adonner à une pratique sportive régulière tout en développant un sentiment de compétence et d’acquérir un vocabulaire de mouvements (Physical literacy).

L’éducation à la santé a quant à elle été intégrée au programme d’EPS autour des années 2000, principalement pour lutter contre le fléau de la sédentarité des jeunes. Mais le plus important est qu’elle est la seule des disciplines scolaires qui vise à engager l’élève dans l’adoption et le maintien de saines habitudes de vie, telles que la pratique régulière d’activité physique, la gestion du stress, la gestion du risque et l’adoption de comportements sécuritaires.

L’EPS est une discipline qui existe dans la majorité des pays et qui utilisent les activités physiques, sportives et artistiques comme support éducatif pour former un citoyen cultivé, lucide, autonome, épanoui, physiquement et socialement éduqué.

L’expertise des professeurs d’EPS est d’offrir aux élèves des situations d’apprentissage qui les amènent à s’amuser, progresser, rester motivés et se sentir compétents, peu importe leurs capacités. Cela leur permet d’agir avec plus de potentiel sur leurs environnements social et physique. Voilà tout autant de qualités nécessaires pour se relever d’une crise qui risque d’avoir des répercussions encore longtemps. À titre de formateurs universitaires et chercheurs en EPS, nous espérons que ce plaidoyer puisse garantir que l’EPS soit au cœur du retour des jeunes à l’école.

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