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L’extrême droite autrichienne, soutien indéfectible de la Hongrie de Viktor Orban

Heinz-Christian Strache et Viktor Orban pendant une conférence de presse commune
Heinz-Christian Strache (à gauche), à l’époque vice-chancelier de l’Autriche et président du FPÖ, avec le premier ministre hongrois Viktor Orban à Budapest, le 6 mai 2019. Attila Kisbenedek

Le 1er juin dernier, par 442 voix pour, 144 contre et 33 abstentions, le Parlement européen a voté une résolution visant à empêcher la Hongrie de prendre la présidence tournante de l’Union européenne au second semestre 2024. Le texte affirme que le pays ne peut, dans l’état actuel des choses, exercer la présidence de l’UE « de manière crédible, compte tenu du non-respect du droit de l’Union […] ».

Ce n’est pas la première fois que la Hongrie se trouve en conflit avec l’UE. Le pays a en effet été épinglé à de multiples reprises par Bruxelles pour la tendance marquée de Viktor Orban à s’emparer de tous les leviers du pouvoir et à diffuser des discours violemment hostiles aux minorités.


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Tout récemment encore (décembre 2022), les Vingt-Sept sont parvenus à un accord visant à geler une aide de plus de 12 milliards d’euros de fonds européens à Budapest en raison d’« atteintes à l’indépendance de la justice » et d’un manque de pluralisme politique dans les médias.

Le gouvernement de Viktor Orban, sur la sellette à Bruxelles, peut toutefois encore compter sur le soutien sans faille d’un parti majeur d’un des pays de l’UE : le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ). Cette formation classée à l’extrême droite ne se trouve pas au pouvoir actuellement à Vienne, mais elle pourrait y revenir à l’issue des législatives qui se tiendront en septembre 2024. Si cela se produit, et si la Hongrie parvient malgré tout à prendre à ce moment-là la présidence de l’Union, le duo austro-hongrois serait en bonne position pour imprimer à l’UE sa marque populiste, anti-migrants et très compréhensive à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine.

Viktor Orban, un modèle pour le FPÖ ?

De l’emblématique Jörg Haider, qui domina le parti de 1986 à 2000 à Heinz-Christian Strache, qui le présida de 2005 à 2019 et exerça notamment la fonction de vice-chancelier d’Autriche de 2017 à 2019, les dirigeants et les cadres du FPÖ ont été nombreux à assumer publiquement une certaine proximité idéologique avec la Hongrie de Viktor Orban, notamment sur les questions relatives à l’immigration ou à l’identité nationale.

Le leader actuel du FPÖ, Herbert Kickl, a d’ailleurs immédiatement réagi à la résolution adoptée le 1er juin par le Parlement européen, en apportant un soutien plein et entier au premier ministre hongrois :

« Il s’agit d’une attaque lâche et injuste de l’establishment de l’UE contre un État membre gênant qui ne dit pas “oui et amen” à tout ce qui vient de Bruxelles et dont le premier ministre se préoccupe avant tout du bien-être de son propre peuple. »

Une position qui ne peut surprendre puisque, depuis sa prise de fonctions le 1er juin 2021 comme président du FPÖ, Herbert Kickl n’a eu de cesse d’entretenir des liens étroits avec la Hongrie et plus particulièrement avec le Fidesz, la formation de Viktor Orban. Le 9 mai dernier, il s’est rendu en Hongrie pour y rencontrer le chef de l’État ; l’occasion pour lui d’affirmer que le dirigeant hongrois était un « modèle » pour bon nombre de citoyens et de politiciens européens, notamment en matière de politique migratoire.

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En mars 2023 déjà, à l’occasion d’une précédente visite d’Herbert Kickl en Hongrie, les deux hommes s’étaient prononcés d’une seule et même voix contre les sanctions de l’UE à l’égard de la Russie. Herbert Kickl affirma alors que « la paix et la levée de ces sanctions inutiles entraîneraient une baisse immédiate de l’inflation », rejoignant ainsi les nombreuses prises de position de Viktor Orban à ce sujet.

Dernièrement encore, les 4 et 5 mai 2023, s’est déroulée à Budapest la « Conservative Political Action Conference », largement inspirée du modèle des Républicains aux États-Unis. Dans un message vidéo, Herbert Kickl, en sa qualité de président du FPÖ, a complimenté une fois de plus la Hongrie de Viktor Orban, incitant l’UE à s’inspirer de la politique menée par le premier ministre hongrois.

De la proximité avec le Jobbik…

Le Fidesz de Viktor Orban n’est pas le seul parti hongrois avec lequel le FPÖ a pu entretenir des liens étroits. Il a en effet été longtemps proche du Jobbik, parti d’extrême droite dernièrement en perte de vitesse.

Le FPÖ avait organisé des rencontres entre les cadres et les militants des deux formations pour approfondir ce partenariat. Ces deux partis se retrouvaient sur la nécessité de préserver l’identité nationale de leur pays respectif et s’opposaient régulièrement à l’UE qui, selon eux, était à l’origine de l’érosion des souverainetés nationales. Néanmoins, malgré cette proximité politique, Heinz-Christian Strache s’opposa en 2011 à l’entrée du Jobbik au sein du groupe parlementaire AEL (Alliance européenne pour la liberté) au Parlement européen.

En effet, au fil des années, les relations se sont détériorées, en raison notamment de la volonté du FPÖ à se « respectabiliser » afin d’apparaître comme un partenaire fiable et sérieux pour les conservateurs autrichiens et, ainsi, se rapprocher du pouvoir. En 2014, le chef du Jobbik, Gabor Vona, qualifia le FPÖ (tout comme il l’a dit du Front national français) de « parti sioniste ». Heinz-Christian Strache, puis Herbert Kickl, donnèrent dès lors très largement la priorité aux liens avec le Fidesz, moins excessif et politiquement plus important que le Jobbik.

… à l’alliance avec le Fidesz

Les relations FPÖ-Fidesz se sont intensifiées avec l’élection d’Herbert Kickl à la tête du FPÖ en 2021 même si elles existaient déjà du temps de ses prédécesseurs Heinz-Christian Strache et Norbert Hofer (2019-2021). Ainsi, en 2018, alors que, au Parlement européen, le Fidesz traversait quelques turbulences au sein du Parti populaire européen, qu’il a d’ailleurs fini par quitter, Heinz-Christian Strache invita le parti de Viktor Orban à rejoindre le groupe dans lequel siégeait le FPÖ, Europe des Nations et des libertés (où l’on retrouvait notamment le RN français et le parti italien la Ligue du Nord, de Matteo Salvini) arguant du fait que tous les deux avaient une vision commune de l’UE. Mais à cette époque, et bien qu’ayant de nombreuses convergences avec le FPÖ, le Fidesz avait préféré rester au sein du Parti populaire européen (PPE) estimant que son influence et son poids politique seraient plus importants.


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Après l’accession d’Herbert Kickl à la présidence du FPÖ en 2021, Viktor Orban lui a adressé une lettre pour le féliciter de sa belle victoire (avec 88,24 % de voix), se réjouissant d’une prochaine coopération.

En réponse, Herbert Kickl réitéra le soutien indéfectible du FPÖ :

« L’ensemble du peuple hongrois trouvera [dans le FPÖ] un allié lorsqu’il s’agira de défendre une position audacieuse pour des objectifs communs, tels que la préservation de l’identité chrétienne, le renforcement de la politique migratoire, la protection efficace des frontières extérieures de l’Union européenne, le maintien de la souveraineté de l’État-nation ou la lutte contre la tutelle de l’UE ».

En conséquence, quelques semaines plus tard, le FPÖ et le Fidesz signaient, aux côtés de nombreux autres partis européens (le RN, Fratelli d’Italia, le parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne…), une déclaration commune sur l’Europe dans laquelle ils réfutaient massivement l’idée d’un « fédéralisme européen ».

2024, année décisive

Au vu de ces chaleureuses relations entre le FPÖ et le Fidesz, il semble tout naturel que le grand parti d’extrême droite autrichien se range résolument aux côtés de Viktor Orban dans le bras de fer qui oppose ce dernier à l’Union européenne. D’autant plus que le FPÖ n’a pas oublié que, en 2000, lorsque l’UE avait durement sanctionné l’Autriche en raison de la participation du FPÖ à une coalition gouvernementale à la suite des élections de 1999, la Hongrie d’un certain… Viktor Orban, alors tout jeune premier ministre, s’était montrée « surprise » des vives critiques de l’UE à l’encontre de Vienne et s’était opposée aux sanctions…

Plus de vingt ans ont passé et c’est cette fois le FPÖ qui vient secourir la Hongrie et plus précisément Viktor Orban. D’ici un an, espère-t-on au FPÖ et au Fidesz, l’« axe » Vienne-Budapest se trouvera non seulement au cœur géographique, mais aussi au cœur politique de l’UE…

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