Lyme : des moyens existent pour se protéger des tiques

Pour enlever une tique fixée sur la peau, il est recommandé d'utiliser un tire-tique, vendu en pharmacie. Otom/Wikimedia, CC BY-SA

Avec les beaux jours, les tiques sont de retour. L’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de diffuser des recommandations pour se prémunir de leurs piqûres et éviter de contracter la maladie de Lyme.

Des moyens de prévention ont en effet fait leurs preuves. Les connaissances sur les tiques sont encore incomplètes, mais une communauté internationale de scientifiques mène des travaux sur ce parasite, parmi lesquels des chercheurs du département santé animale de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) que je dirige.

Le moyen le plus efficace pour ne pas se faire piquer par les tiques est d’éviter leur contact. De ce fait, il est recommandé de limiter les promenades dans les herbes hautes, les bois, les jardins – en particulier s’ils sont proches de la nature et visités par des animaux sauvages, les pâtures des animaux d’élevage. Et ce, spécialement durant les saisons où l’activité des tiques est maximale, l’automne et le printemps – on peut toutefois rencontrer des tiques en hiver et en été, hors des périodes de températures extrêmes.

La densité des tiques varie en effet selon le type de végétation, le taux d’humidité dans l’air, les cycles saisonniers et la diversité de leurs hôtes que sont les oiseaux, les mammifères ou les reptiles. Lorsque les conditions climatiques ne sont pas favorables, les tiques entrent en « diapause », un état caractérisé par une chute du métabolisme et un développement retardé. Celles de l’espèce Ixodes ricinus, les plus répandues en Europe, sont actives entre 7 et 25 °C, alors qu’elles sont quasiment inactives à des températures inférieures, ou encore lorsque la chaleur est intense et que l’hygrométrie est basse.

En France, leur période d’activité s’étend de mai à octobre, avec un ralentissement en juillet et en août. Elles sont présentes sur tout le territoire à l’exception du proche pourtour méditerranéen (Ixodes ricinus est en effet détectée à l’intérieur des terres dans l’Hérault et le Var).

À l’affût au sommet d’une brindille

Les tiques passent plus de 90 % de leur temps en liberté dans la nature. Elles ont développé un système de détection sensible à des stimuli divers indiquant la présence d’un hôte tels que les gaz produits par les ruminants, les vibrations de l’air, la variation de température associée à la présence d’un animal à sang chaud – ou d’un être humain. Après avoir décelé l’existence d’un hôte potentiel, elles se postent à l’affût au sommet d’une brindille. Lors du passage de l’hôte, elles s’attachent à ce dernier afin d’effectuer leur repas sanguin.

Une fois sur l’hôte, la tique se déplace afin de trouver une zone fortement vascularisée, puis s’ancre solidement à l’aide de son hypostome, sorte de harpon. Lorsque la tique se prépare à insérer l’hypostome dans la peau de l’hôte, un flux de salive est produit. Du cément entre dans la plaie. Il durcit très rapidement et permet aux pièces buccales de la tique d’être fermement fixées à la peau. Afin d’éviter toute réaction de défense de l’hôte, la tique a développé des mécanismes d’adaptation lui permettant de dissimuler sa présence. Elle se fixe généralement dans un endroit discret et de façon indolore. Ses chélicères (des appendices terminés par des dents) sont capables de couper l’épiderme sans douleur, sa salive peut digérer progressivement les tissus de l’hôte et ouvrir graduellement la voie à la pénétration de l’hypostome dans la peau, sans éveiller l’attention.

Pour les personnes qui ne peuvent éviter les lieux propices aux tiques, il est recommandé de porter des vêtements couvrants, éventuellement imprégnés de répulsifs, et de s’inspecter après chaque sortie en forêt ou dans les pâtures, en particulier dans les régions fortement infestées. Si une tique est retrouvée non fixée à la peau, il n’y a aucun risque de transmission d’agents pathogènes et donc de développer la maladie de Lyme ou d’autres infections. Si la tique est retrouvée fixée, il faut l’enlever avec un tire-tique (sorte de pied de biche miniature vendu en pharmacie), puis désinfecter le site de piqûre. On doit tourner patiemment la tique dans un sens et dans l’autre, comme pour la dévisser, jusqu’à ce qu’elle se détache toute seule – en évitant de l’arracher.

Il faut ensuite surveiller l’apparition d’un érythème migrant, une large tache rouge centrée sur le point de morsure qui se déplace au fil des jours et finit par disparaître, ou de symptômes semblables à ceux de la grippe. Si de tels symptômes apparaissent, il est recommandé de consulter son généraliste. Toutefois, toutes les piqûres de tiques ne sont pas à l’origine de maladies – seulement 1 % des piqûres par des tiques infectées entraînent une infection.

Plus la tique est enlevée tôt après le début de la piqûre, moins le risque de transmission d’agents pathogènes est élevé. Une fois retirée, la tique peut être jetée. Toutefois nous recommandons de conserver le spécimen au réfrigérateur à 4° dans un pilulier, ou au congélateur. Ainsi, il pourra faire l’objet d’une identification ultérieure.

Apprendre à recueillir les tiques

Dans l’idée de partager les savoirs, l’INRA a lancé avec l’Anses, l’Université de Lorraine et l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, un programme de recherche collaborative baptisé CiTIQUE. A travers son site internet Signalement tique et son compte Twitter, le programme associe citoyens et scientifiques.

Les équipes réunies autour de CiTIQUE ont lancé durant l'été 2017 l’application gratuite sur smartphone Signalement-Tique, inspirée de celle qui existait déjà en Suisse. Cette application permet aux promeneurs de signaler une piqûre de tique et de recevoir des conseils pour surveiller comment elle évolue.

Les données sont automatiquement analysées et permettent de générer en temps réel une cartographie des risques par les utilisateurs de l’application. Les tiques elles-mêmes peuvent être envoyées pour examen dans le laboratoire de l'INRA à Nancy.

Toutefois, la prévention ne repose pas seulement sur des précautions individuelles. Ainsi, les animaux sauvages constituent les réservoirs majeurs des agents pathogènes transmis par les tiques et ils sont aussi la source de nourriture des tiques. Une gestion contrôlée de leur nombre est, de ce fait, directement en lien avec la densité de tiques dans l’environnement.

Autre piste, des actions pour réduire la contamination des animaux (soit par les tiques, soit par les agents pathogènes que celles-ci transmettent) sont à l’essai. À titre d’exemple, aux États-Unis, des chercheurs étudient la possibilité de vacciner les rongeurs contre l’agent responsable de la maladie de Lyme. Dans certains parcs américains, des systèmes pour nourrir les cervidés sont installés de telle sorte que les animaux doivent, pour se nourrir, passer leur tête dans une cavité recouverte d’une substance acaricide.

À titre collectif, la prévention doit impérativement s’accompagner de campagnes d’information. Celles-ci ne sont pas encore totalement efficaces en France, par comparaison avec d’autres pays. Aux États-Unis et dans de nombreux pays d’Europe, des panneaux avertissant du risque lié aux tiques et rappelant les gestes simples à réaliser après une promenade sont présents dans de nombreux lieux publics. En France, l’installation de tels panneaux est laissée au bon vouloir des municipalités. Et pour l'instant, ce n’est pas là où ils seraient les plus utiles qu’on les trouve.