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femme montre à une patiente des images de son cerveau
Le lecanemab est un anticorps qui s’attache aux protéines bêta-amyloïde accumulées dans le cerveau et permettrait au système immunitaire de s’en débarrasser. (Shutterstock)

Médicament lecanemab : une lueur d’espoir pour l’Alzheimer

Le 30 novembre dernier, Eisai et Biogen annonçaient les résultats de leur dernier essai clinique de phase 3 sur l’Alzheimer. Le verdict : un traitement de 18 mois au lecanemab ralentit de 27 % la perte fonctionnelle et cognitive chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer légère ou d’un trouble cognitif léger lié à l’Alzheimer. Les résultats de l’étude ont été également publiés dans le New England Journal of Medicine.


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Contrairement aux médicaments déjà approuvés pour l’Alzheimer, la compagnie pharmaceutique Eisai prétend que celui-ci est capable de ralentir la maladie plutôt que de simplement en réduire les symptômes.

Cette bonne nouvelle n’est cependant que le premier pas vers une véritable cure contre l’Alzheimer.

En tant qu’experts en neurosciences spécialisés dans l’étude de l’Alzheimer, nous suivons la recherche de traitements pour cette maladie de très près.

Des résultats prometteurs, mais modestes

Le lecanemab est un anticorps qui s’attache aux protéines bêta-amyloïde accumulées dans le cerveau et permettrait au système immunitaire de s’en débarrasser. Dans l’Alzheimer, cette protéine forme des agrégats et contribuerait à la progression initiale de la maladie.

Eisai a donc sélectionné les personnes ayant les plus grandes chances de bénéficier du traitement : celles en début de maladie, ou ayant un trouble cognitif léger qui ont de grandes accumulations de bêta-amyloïde. C’est le cas d’environ 7 personnes sur 8 avec un diagnostic d’Alzheimer, et la moitié des personnes vivant avec un trouble cognitif léger. Après un traitement de 18 mois, le tiers des personnes traitées était maintenant à des niveaux normaux de bêta-amyloïde.

personnes âgées font un casse-tête
Un traitement de 18 mois au lecanemab ralentit de 27 % la perte fonctionnelle et cognitive chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer légère ou d’un trouble cognitif léger lié à l’Alzheimer. (Shutterstock)

Ce n’est pas la première fois qu’un produit se débarrasse de la bêta-amyloïde, mais c’est la première fois qu’un traitement mène à des bénéfices cognitifs et fonctionnels statistiquement clairs. Cependant, l’effet est petit : sur l’échelle d’évaluation clinique de la démence de 18 points (clinical dementia rating scale – sum of boxes), les personnes traitées ont perdu un demi-point. L’impact réel sur la vie d’une personne traitée demeure donc modeste. Comme les symptômes d’Alzheimer progressent lentement en début de maladie, il sera important de déterminer si l’effet se poursuit après plus de 18 mois.

Des effets secondaires inquiétants

Le traitement n’a cependant pas que du positif. Il a mené à un rétrécissement du cerveau 25 % plus rapide. Des chercheurs ont attribué cette atrophie à l’élimination de la bêta-amyloïde. L’idée ne fait cependant pas l’unanimité, puisque la bêta-amyloïde serait en quantité trop petite pour expliquer un tel rétrécissement. Les conséquences d’un tel rétrécissement sont inconnues.

Un sixième des personnes traitées ont développé des œdèmes cérébraux – une accumulation d’eau indiquant qu’il y a de l’inflammation. Le traitement a aussi mené à deux fois plus d’hémorragies cérébrales – environ une personne sur six – par rapport aux personnes ayant reçu le placebo. Cependant, seulement 1 personne sur 30 a vraiment ressenti des symptômes liés à ces deux anomalies. Même si les microhémorragies bénignes sont plutôt fréquentes chez les personnes âgées, elles pourraient réduire la capacité du cerveau à s’adapter. Cela pourrait donc accroître la vulnérabilité du cerveau aux maladies cérébrales comme l’Alzheimer.

Heureusement, des sous-groupes semblent tirer plus de bénéfices du traitement. Les hommes et les personnes de 75 ans et plus ont eu un ralentissement de plus de 40 % du déclin cognitif. Les personnes n’ayant pas le variant e4 du gène APOE, le principal facteur de risque de l’Alzheimer, ont eu moins d’effets secondaires tout en ayant un plus grand ralentissement de la progression de la maladie.

Le médicament lecanemab réduit le déclin cognitif chez les personnes atteintes de l’Alzheimer, mais il cause aussi des effets indésirables parfois sévères.

À l’inverse, les personnes portant deux copies de l’APOE e4 – provenant des deux parents – avaient six fois plus de chances de développer des symptômes provenant d’une hémorragie ou d’un œdème cérébral. De surcroît, ces personnes n’ont, en moyenne, pas eu d’effets positifs du lecanemab. Avoir une seule copie de l’APOE e4 semble permettre de bénéficier du traitement tout en augmentant légèrement les risques d’effets secondaires.

Ces données donnent espoir que les professionnels de santé pourront sélectionner les patients ayant le plus de chance de bénéficier du traitement.

Un traitement demandant beaucoup de ressources

Tout laisse croire que le lecanemab sera coûteux en termes de ressources. On doit d’abord s’assurer que la personne peut bénéficier du traitement en démontrant que son cerveau contient la bêta-amyloïde. Cela nécessite des équipements d’imagerie coûteux et rares en plus d’une équipe de professionnels bien formés.

Le médicament doit aussi être injecté toutes les deux semaines, demandant de mobiliser les patients, leurs proches et des professionnels de la santé. Pour gérer le risque d’effets secondaires, il faudra aussi offrir un suivi en imagerie. À cela s’ajoute le coût du médicament lui-même, qui n’a pas encore été annoncé. D’après des analystes, il pourrait se chiffrer à près de 20 000$ américains par année.

Bref, le système de santé et le milieu de la recherche devront déployer des ressources importantes pour arriver à offrir ce nouveau traitement de façon équitable au plus grand nombre de gens. Il faudra offrir davantage de suivis médicaux et neuropsychologiques, fabriquer de nouvelles infrastructures d’imagerie cérébrales et former du personnel spécialisé.

Nous devons espérer que ce nouveau traitement en vaudra la chandelle.

Espérons également que les prochains résultats d’essais cliniques rapporteront une plus grande efficacité chez les femmes et chez les personnes porteuses de l’APOE e4.

Après tout, le lecanemab n’est que le début, et il en faudra bien plus pour véritablement traiter l’Alzheimer.

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