Des tests oculo-visuels sont reconnus et utilisés auprès des personnes atteintes, en particulier les athlètes, afin d'identifier la présence d'une commotion. shutterstock

Problèmes de vision après une commotion cérébrale : quoi faire

Novembre 2019. Tôt le matin, il fait sombre, et il pleut. Pierre (nom fictif) démarre son auto, puis s’engage dans la rue devant sa maison. Quelques secondes plus tard, sa tête est projetée contre le volant : son auto est tombée dans une tranchée, sans signalisation. Étourdi, il réussit à extirper son véhicule et retourne à la maison. Jugeant le tout bénin, il ne se rend pas à l’hôpital, préférant demeurer au repos. Deux jours plus tard, il se sent mieux et retourne travailler.

À peine trois mois plus tard, en février 2020, Pierre me consulte, car il a noté une baisse de sa vision de l’œil gauche et il rapporte une difficulté à travailler longtemps sur écran, comme il le faisait auparavant. L’examen visuel ne me permet pas, toutefois, d’objectiver les symptômes du patient, ce qui me pousse à lui poser davantage de questions avant d’envisager d’autres tests.

Nous faisons alors le bilan, en nous concentrant sur l’époque où ses symptômes sont apparus. Au départ, Pierre pensait que c’était simplement de la fatigue ou de l’abus d’ordinateur, mais les difficultés ne se sont pas estompées comme il l’espérait. Il n’a pas noté de changement de son état de santé, ne prend aucune médication, n’a pas modifié son environnement de travail, ses habitudes, son alimentation. Rien d’évident donc, jusqu’à ce qu’il se rappelle soudainement cet accident, survenu en novembre dernier. Tout coïncide avec l’apparition de ses difficultés à l’ordinateur. Eureka.

Malgré l’absence de certains symptômes chroniques, une commotion cérébrale légère a été suspectée comme pouvant être la cause de ses problèmes. Quelques tests spécifiques plus tard, on confirmait que son œil gauche ne se déplaçait plus à la même vitesse que le droit, surtout dans les regards de côté. Sa capacité de faire le focus au près avec l’œil gauche était également réduite par rapport à celle de l’œil droit. Ces deux éléments, à eux seuls, pouvaient expliquer les problèmes ressentis par le patient.

Pourquoi les yeux sont-ils impliqués ?

Les symptômes visuels ou une dysfonction oculo-motrice sont souvent associés aux commotions cérébrales puisqu’approximativement 50 % des circuits neuronaux du cerveau sont impliqués dans la vision ou le contrôle du mouvement des yeux.

Ainsi, la commotion génère une atteinte neurologique qui peut perturber les signaux permettant aux yeux de bien travailler en paire et au cerveau de bien intégrer cette information venant de deux sources différentes. Le trauma peut également perturber la rétroaction (biofeedback) nécessaire à réajuster constamment la position de nos yeux en fonction des stimuli visuels. Il faut rappeler que les processus de perception visuelle impliquent les voies ventrales (perception de la forme) et les voies dorsales (perception du mouvement) du cortex, et qu’un trauma crânien, même léger, peut perturber les signaux circulant par l’une ou l’autre de ces voies.


Read more: Épidémie cachée? Les dangers à long terme des commotions cérébrales chez l'enfant


En conséquence, les yeux peuvent perdre leurs repères, leur alignement ou, comme dans le cas de Pierre, ne voyagent plus à la même vitesse. Ce type de perturbation peut être compris comme ce qui survient lorsqu’une roue d’auto frappe un nid de poule et devient mal alignée, d’un seul côté. La conduite sera plus difficile et la voiture aura tendance à perdre sa trajectoire. Le conducteur le ressentira sur le volant et la conduite sera plus fatigante. C’est ce qui arrive lorsque Pierre veut lire ou consulter son écran : un des deux yeux s’aligne mal, les yeux balaient les mots à une vitesse différente (influx neurologique perturbé d’un côté) et il perd ses repères, ce qui lui cause une fatigue oculaire rapidement.

Signes et symptômes visuels associés

En clinique, lorsqu’un patient chez qui on suspecte une commotion se présente, les signes cliniques qui seront recherchés sont une altération du réflexe pupillaire, une perte de la capacité de faire le focus au près (accommodation), une difficulté à converger (deux yeux s’alignant sur une cible, au près), un défaut de motilité oculaire, manifeste durant les poursuites (regard vers la droite ou la gauche), ou des saccades (sauter d’un mot à l’autre, comme lorsqu’on lit). Finalement, puisque les deux yeux ne sont plus bien coordonnés, la vision en 3D peut être perturbée.

Les symptômes associés à ces perturbations peuvent être immédiats ou s’aggraver avec le temps. Ils comprennent une vision floue, la perception de deux images (diplopie), de la douleur oculaire ou une incapacité à lire. De nombreux cas rapportent également une sensibilité accrue à la lumière, certains ne pouvant plus regarder leur téléphone, un écran, ou sortir à l’extérieur sans une protection solaire très foncée. Ces symptômes varient en intensité et en durée en fonction du trauma crânien subi ainsi que du délai et de la nature des traitements entrepris. Ils peuvent durer plusieurs mois, sans amélioration notable.

Identifier les signes de commotion chez l’athlète

Des tests oculovisuels sont reconnus et utilisés auprès des personnes atteintes, en particulier les athlètes, afin d’identifier la présence d’une commotion, immédiatement après un impact à la tête. Les tests effectués peuvent être simples (reconnaissance d’objets, suivis de tracés, lecture de cartes, réflexes à une projection de lumière, etc.) ou plus complexes (analyse des mouvements fins des yeux par des capteurs infrarouges) bien que les équipements nécessaires pour réaliser ces tests soient de plus en plus portables et facilement accessibles sur les lignes de côté.

Alors que le gouvernement annonce que les sports d’équipe seront permis cet été pour les jeunes, il est important que les cas de commotion soient identifiés rapidement.. Shutterstock

Ainsi, plusieurs équipes testent les joueurs avant le début de la saison, afin de recueillir des données de base pour chacun d’eux. Lors d’un impact à la tête, ces tests sont répétés et comparés aux données recueillies précédemment. Tout écart significatif permet donc d’identifier rapidement la présence d’une commotion et le joueur est alors retiré de la partie.

Il est important que ces cas soient identifiés dès que possible afin d’éviter les conséquences de commotions répétées dans le temps, notamment si le joueur retourne trop vite dans l’action. Cela pourrait conduire à l’apparition de symptômes chroniques et d’une altération permanente du cerveau. Un diagnostic arrivant tôt dans le processus implique également une prise en charge plus rapide du patient, et, par conséquent, favorise une récupération plus hâtive.

Quels sont les traitements ?

L’approche clinique doit être multidisciplinaire. Une prise en charge par une équipe médicale spécialisée est indiquée. D’autres professionnels sont également impliqués, car plusieurs niveaux de réhabilitation peuvent être suggérés : exercices physiques, kinésiologiques, thérapie manuelle pour rétablir les muscles ou la posture, physiothérapie vestibulaire et évidemment entraînement visuel.

Dans le cas de Pierre, il fut évalué de façon approfondie et un programme d’exercices visuels (orthoptique) lui a été recommandé, ce qu’il a accompli avec assiduité. Dans certains autres cas, l’adaptation des lunettes avec des prismes ou l’usage de certains filtres colorés peuvent minimiser les symptômes visuels. Le traitement de Pierre a duré quelques semaines, ce qui a amélioré sa capacité à travailler à l’ordinateur. Un suivi est toutefois nécessaire afin de s’assurer que cela tient la route à long terme. Au besoin, de nouvelles séances d’exercices peuvent être prescrites.

Soyez vigilant !

Il est tout à fait possible de retrouver une vision normale après une commotion. Une consigne toutefois : ne faites pas comme Pierre. Dans tous les cas de traumatisme crânien, même léger, consultez rapidement une équipe médicale spécialisée. Si ce traumatisme implique des symptômes visuels, consultez aussi un optométriste. Plus tôt le diagnostic survient, plus tôt les traitements peuvent être entrepris et plus rapidement se fera le retour à une vie normale.

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 108,600 academics and researchers from 3,567 institutions.

Register now