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Un mètre ou deux ? La distanciation physique, selon la science

Quelle distance considère-t-on comme sécuritaire pour empêcher la propagation de la Covid-19 ? La réponse dépend de l’endroit où l’on vit.

La Chine, le Danemark et la France recommandent une distance d’un mètre ; l’Australie, l’Allemagne et l’Italie préconisent 1,5 mètre, et les États-Unis, six pieds, soit 1,8 mètre. Quant au Royaume-Uni, on est en train d’y reconsidérer la règle qui exige une distance relativement élevée de deux mètres, mais cela a donné lieu aux critiques de scientifiques de haut niveau.

Au Québec, la règle du deux mètres s’appliquent en général, hormis pour les enfants (un mètre), et dans le cas de rassemblements intérieurs dans les lieux publics où on ne parle ni ne circule (1,5 mètre).

En réalité, on ignore quelle distance est suffisante pour empêcher la propagation du coronavirus. Une étude récente a révélé la présence du virus dans l’air jusqu’à quatre mètres des patients infectés dans une unité Covid-19. Mais une autre étude, que l’OMS met de l’avant, a conclu que le risque de transmission diminue considérablement lorsqu’on se trouve à un mètre d’une personne infectée et qu’il continue de diminuer à mesure qu’on s’en éloigne.

Pourquoi une si grande fourchette de distances « sûres » ? Parce que la distanciation est un problème complexe, avec de nombreux facteurs d’influence. En voici quatre parmi les plus importants.

Il n’existe pas de calcul unique que l’on puisse faire pour déterminer une distance de sécurité. Erdem Sahin/EPA

Gouttelettes respiratoires

Lorsqu’on respire, parle, tousse et éternue, des milliers de gouttelettes sont expulsées par la bouche et le nez. La taille de ces gouttelettes est variable : certaines sont de quelques millimètres tandis que d’autres sont des milliers de fois plus petites. Les plus grosses, qui transportent davantage de particules virales, se déposent rapidement en raison de la gravité. Les plus petites transportent moins de particules, mais peuvent rester en suspension dans l’air pendant des heures.

Le nombre et la taille des gouttelettes varient selon ce qui se passe. La toux produit beaucoup de gouttelettes dont une bonne partie sont grosses. La respiration engendre moins de gouttelettes qui sont généralement plus petites. La vitesse à laquelle les gouttelettes quittent la bouche et le nez influence également la distance qu’elles parcourent – celles causées par un éternuement se déplaçant le plus loin.

Charge virale

La charge virale désigne le nombre de copies d’un virus dans un échantillon (par exemple, dans les gouttelettes que l’on expulse par la bouche et le nez). La quantité de virus présents dans les échantillons respiratoires de patients atteints de la Covid-19 va de quelques milliers à des centaines de milliards par millilitre.

La charge virale varie d’une personne à l’autre, mais dépend également du stade de la maladie chez un patient. On sait aujourd’hui que les gens qui ne présentent pas de symptômes peuvent excréter le virus.

Connaître la charge virale dans les gouttelettes respiratoires permet de calculer à combien de particules virales on peut être exposé et si c’est suffisant pour causer une infection.

Dose infectieuse

La dose infectieuse est le nombre de copies d’un virus auxquelles le corps doit être exposé pour développer une maladie. Pour calculer une distance de sécurité, on tient compte du fait que plus on est proche d’une personne infectée, plus on risque d’être exposé à la dose infectieuse en respirant des gouttelettes chargées de virus.

La dose infectieuse des diverses souches de grippe varie de quelques milliers à quelques millions de copies. On ne la connaît pas encore pour le SARS-CoV-2.

Avec le temps, de nouvelles recherches sur le comportement du virus chez l’homme et des animaux, ainsi que des comparaisons avec d’autres virus permettront de préciser ce nombre. Dans tous les cas, on sait que la dose infectieuse change d’une personne à l’autre.

L’environnement

Que l’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur, à l’école, au travail, dans les transports publics ou au supermarché, la circulation de l’air, la ventilation, la température et l’humidité influencent le sort des gouttelettes respiratoires.

La façon dont les gouttelettes se répandent dépend en grande partie de l’environnement. TravelerPix/Shutterstock

Les courants d’air dispersent les gouttelettes dans différentes directions. Une bonne ventilation dilue le nombre de gouttelettes dans l’air. La température et l’humidité influencent la vitesse à laquelle l’eau des gouttelettes s’évapore. L’évaluation de la distance à maintenir dans différents types de lieux dépend donc de tous ces facteurs.

Des scénarios complexes

Avec ces quatre éléments, on peut commencer à déterminer ce qui constitue une distance de sécurité.

Voici un premier scénario :trois personnes se trouvent dans une pièce sans ventilation. L’une d’elles est infectée et deux ne le sont pas. Une des personnes en bonne santé se tient assez près de celle qui est infectée (par exemple, à 80 centimètres) et l’autre en est plus éloignée (disons à deux mètres).

La personne infectée tousse, ce qui produit un nuage de gouttelettes. Les gouttelettes plus grosses, qui transportent davantage de particules virales, se déposent plus rapidement sous l’effet de la gravité. Les gouttelettes plus petites, avec moins de virus, voyagent plus loin. Ainsi, la personne qui se trouve plus près du patient infecté risque davantage d’être exposée à des gouttelettes infectieuses que celle qui se trouve plus loin. [

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Il est recommandé de se tenir à distance. Lena Ciric, Author provided (No reuse)

Bien sûr, il s’agit d’un scénario simplifié. Les gens se déplacent. Il peut y avoir une fenêtre ouverte qui souffle de l’air dans une direction. La personne infectée peut tousser à différents moments. Un climatiseur peut faire recirculer l’air dans la pièce. La température et le taux d’humidité peuvent entraîner un assèchement qui engendre des particules plus petites avec des concentrations élevées de virus. L’exposition à de nombreuses petites gouttelettes sur une longue période peut être l’équivalent d’une exposition à quelques grosses gouttelettes sur une courte période.

Il existe une quantité infinie de scénarios et il est impossible d’avoir une règle qui fonctionne pour chaque situation.

Cela signifie que les règles des différents pays sont, en fin de compte, les meilleures suppositions faites sur la base de certains des facteurs décrits ci-dessus. Elles ne peuvent convenir à tous les contextes.

Il est très peu probable d’être exposé à des gouttelettes infectieuses à l’extérieur en raison de la rapidité de la circulation de l’air et de la dilution, mais les espaces intérieurs clos et bondés représentent un plus grand risque. Chacun doit faire sa part pour arrêter la propagation du coronavirus, alors gardez une bonne distance avec les gens que vous croisez, de préférence, la plus grande possible.

This article was originally published in English

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