Hip Hop Management

Hip Hop Management

Sur la route de l’année… prochaine ?

« Along the corridor ». d26b73/Flickr, CC BY

Pour la fin d’année, j’ai évidemment d’abord songé à sacrifier à la beauté du geste rétrospectif.

Ici, il se serait agi de produire une chronique intitulée « Billboard », classant par nombre de vues les chroniques les plus lues. Puis, éventuellement, d’ajouter ce que j’aurais aimé ex post en modifier ; par exemple, le fait qu’on connaît désormais la valeur d’une caution pour être remis en liberté aux États-Unis : 2 Wu-Tang ½, alors que les sept minutes dans un Sofitel de New York coûtent, elles, autour de trois albums du Wu-Tang Clan. Puis je me suis ravisé. Voici seulement le classement des trois chroniques les plus lues. À relire et partager sans modération, puisque c’est gratuit et en open access !

  1. « A.T.R. » de Twinsmatic, ou quand la musique s’écrit à l’ombre du futur que construit Booba
  2. Pourquoi Michel Houellebecq a (presque) raison
  3. L’horreur stratégique. #ParisAttacks

La taupe vs le serpent

En effet, plutôt que de faire du rétrospectif, j’ai rapidement jugé que le contexte politique justifiait de produire du rétro-prospectif. Avec une chronique que j’allais intituler : « La taupe et le serpent ». En écho à l’excellent article de Marc Bidan traitant de l’actualité du Post-Scriptum sur les sociétés de contrôle de Deleuze. Le sujet allait donc porter sur la campagne présidentielle non plus à venir, mais déjà lancée sur fond d’OPA sur les idées les plus extrêmes.

Me voilà donc en train de dresser le ring de la battle entre Sarko-la-taupe et Flamby-le-serpent, pour reprendre deux concepts Deleuziens. En envisageant de démonter ex ante ce qu’allaient très probablement être en 2016 les trous de la taupinière managériale sarkozyste comme les anneaux du serpent managérial hollandien. Puis les choses se sont tellement accélérées ces derniers temps, tout s’est tellement mal goupillé sur fond de déchéance démocratique générale qu’à nouveau je me suis ravisé.

Ainsi, sur fond de poussée hormonale Bushiste chez l’actuel mandataire des contribuables français logé à l’Élysée ; de ces détestables calculs politiques sur la déchéance de nationalité ; et donc de poussée de l’État sécuritaire diagnostiquée par le très fin connaisseur de l’œuvre de Michel Foucault qu’est Giorgio Agamben et qui nous inquiète tous, sauf visiblement ses promoteurs qui savent moins que jamais l’Histoire qu’ils écrivent, comme disait Raymond Aron… Voilà.

Évidemment, on préférerait en rire d’imaginer le retour aux manettes managériales de Sarko et de son calme comme de son discernement légendaires à l’Élysée, dans ce nouveau contexte institutionnel sécuritaire, avec tous ces nouveaux jouets à manier jusqu’à plus de narines ! Imaginez plutôt : un état d’urgence en lieu et place de l’État de droit, quand on a une dizaine de procédures judiciaires en cours, que rêver de mieux ? ! Alors oui, sur fond de brutale déchéance managériale de la démocratie française – dont il faut bien reconnaître avec Houellebecq qu’elle ne date pas d’hier – j’ai là aussi fini par me raviser : pas le moment de traiter de cette battle future entre anciens candidats à la succession de leurs propres anciennes, actuelles, futures nouvelles responsabilités, renouvellement oligarchique oblige !

Booba vs Houellebecq

Voilà comment, la mort dans l’âme, j’ai repensé à cette chronique que j’avais mise de côté pour la fin d’année : Booba contre Houellebecq, fight of the new century ! J’y mettais en scène une opposition pour un titre envié : celui de nouveau Louis-Ferdinand Céline. Et de cette battle j’aurais même pu faire un clip puisque le rap est plus que jamais à la mode de la pédagogie politique sur le modèle de la désormais célèbre « Keynes vs Hayek ».

Et puis je me suis dit qu’avec les investissements d’excellence et autres trouvailles de l’ancienne présidence portées par la nouvelle, certains avaient forcément largement les moyens de mettre en mots et en images cette battle, bien mieux que je n’ai les moyens de le faire avec mon seul clavier.

Je ne fais donc qu’en sauver l’essentiel : dans cette chronique, je notais que si Houellebecq est par bien des égards le témoin, le symptôme et donc le premier bénéficiaire des ressorts de l’effondrement stratégique de l’ancien monde, Booba préfigure lui la bascule vers le nouveau, qu’il met en mots/images mieux que quiconque aujourd’hui. Mais à peine cette chronique écrite qu’elle était déjà dépassée puisqu’il est décidément plus que jamais trop en avance pour demander l’heure, notre B2o national : après son site et son appli, OKLM radio est déjà disponible au téléchargement, avec l’ultime affront contre Skyrock, car désormais positionnée comme station concurrente avec son slogan : « OKLM Radio, n°1 sur le rap ».

Plus signifiant encore, c’est l’ensemble de l’œuvre des Beatles qui est désormais disponible en cette fin d’année… en grandes pompes… et en streaming… sur vos planches de surf préférées.

Cette chronique, je la terminais en notant que Booba comme Houellebecq font partie des rares qui ont parfaitement compris que dans le « nouveau » monde, les meilleurs enseignements de la recherche en management s’appliquent avec la même régularité que dans l’ancien : dans l’game, toujours beaucoup d’appelés et peu d’élus, dit l’organisateur du casino. Qui, lui, gagne à tous les coups en organisant la rivalité mimétique des désirs de gloire et d’argent. Et qu'avec Booba qui vend désormais des Tee-shirts à New York et Houellebecq qui trône avec Soumission au Panthéon du New York Times) parmi les 100 livres les plus importants de l'année, on tient enfin non pas un, mais au moins deux moyens de peser dans l’academic game avec des exemples un peu neufs.

Du coup j’arrivais à cette évidente conclusion : Houellebecq est quand même bien moins couillon que Finkielkraut quand il éructe sur les plateaux télé contre le barbare Booba en vociférant contre une punch-line d’il y a 15 ans : « Quand j’vois la France les jambes écartées, j’l’encule sans huile… ». Parce que cette punch-line choc de Booba, balancée dans un style que ne renierait sans doute pas le Goncourt Houellebecq, on y voit d’abord ce que nos politiques continuent de faire sans vergogne à la démocratie française, puisque cela reste le meilleur moyen de mettre de « la coke dans l’sablier » de la société du spectacle électoral.

Une troisième chronique enterrée, donc. On l’aura compris, écrire en cette fin d’année virait à la prise de tête. Pourtant, à force de chercher, j’ai fini par trouver pourquoi cette fin d’année était pour moi très compliquée. Parce qu’en cette fin 2015, tout ça, la politique, le business, la recherche et tout le reste, au fond, à l’heure de la déchéance générale des rationalités, je suis comme Nekfeu : « Rien à foutre de rien. J’en ai vraiment. Rien à foutre de rien ». J’ai mes raisons.

Jérôme K vs SG

Parce que le 14 janvier, il y aura « Complément d’enquête : Kerviel au cœur du mensonge » sur le cas « Société Générale » donc, sur France 2, à 22 h 40. Et que je ne tiens plus de savoir si dans cette émission on parlera du désormais célèbre lapsus de Daniel Bouton lors du procès en appel, de l’amende donnée par l’AMF à Jean-Pierre Mustier pour délit d’initié et de ses aventures unicreditiennes qui ont suivi, des conditions et motifs du départ de Philippe Citerne ou encore de l’art de l’exercice de ses diverses responsabilités depuis 15 ans par Frédéric Oudéa, ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy.

Mieux : du 20 au 22 janvier, il y aura dans la même affaire les audiences du (nouveau) procès en appel. Il serait comique d’y voir être convoqué « l’ami qui parlait trop » – actuel secrétaire général de l’Élysée. Juste pour le laisser dire ce qu’il en pense vraiment de cette « affaire » et nous rapporter ce qu’il a pu parfois entendre en sa qualité d’ancien président de l’AMF lors de déjeuners sans doute au moins aussi savoureux qu’avec un ancien mandataire de Matignon, lui-même mandaté par le mandataire de l’Élysée.

Et c’est ainsi que pour envisager 2016, j’ai fini par relire Mazarine Pingeot et rêver d’un peu de couleur et de joie ! En rêvant que cette année soit – enfin ! – un peu nouvelle et donc qu’elle se place d’emblée sous l’autorité scientifique du prix Nobel Herbert Simon. Vous savez, le père des sciences de l’artificiel, et surtout de la fameuse distinction entre rationalités substantive et procédurale. (jolie, la fiche Wikipedia)

Une année vraiment prochaine serait alors celle où la magistrature française serait enfin procéduralement et donc substantivement moins amnésique que d’ordinaire.

Elle serait aussi celle où les tribunaux médiatiques seraient un peu moins la proie d’une perpétuelle auto-déchéance des rationalités substantive comme procédurale, dès lors qu’il s’agit de traiter de dossiers politiquement sensibles… Ou de chercher le choc d’après pour commercialiser les temps de cerveaux humains qui traînent dans la « street » des plate-formes.

Elle serait enfin celle où le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ferait le seul boulot pour lequel il est légitime : accompagner la réception d'un succès scientifique sans préméditation plutôt que de (mal) réformer les structures de production, sur fond d’amnésie générale et donc de grand n’importe quoi.