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Vers un nouveau mai 1968 de la recherche en management ? Conversation avec Aurélien Rouquet

Aurelien Rouquet sur le plateau de Xerfi Canal. En recherche en gestion, la course aux étoiles est vaine : un appel a la révolte. Xerfi Canal

La stratégie pour valoriser la recherche française à l’international n’a pas seulement été un échec sur lequel je me suis déjà exprimé dans The Conversation ; elle a très significativement affaibli nos capacités, tant de création que de diffusion et d’impact.

La « course aux étoiles » continue plus que jamais. Elle est alimentée par des classements – comme celui-ci récent, de l’Etudiant – qui participent à ce mouvement. Ceci n’est plus seulement déraisonnable, c’est dangereux. Pour les acteurs comme pour les institutions de la recherche, singulièrement dans le domaine du management.

Par-delà l’appel à la révolte d’Aurélien Rouquet qui a déjà donné lieu à une publication dans The Conversation France et même à un article écrit en réaction par Henri Zimnovitch, le dossier spécial « Recherche en gestion : retrouver du sens » de la Revue française de gestion est à lire… absolument.

Cette thématique n’est pas non plus sans rapport avec le débat qui a agité le monde des Business Schools depuis l’alarme sonnée par Bernard Ramanantsoa en lien avec l’étude FNEGE que j’ai eu le plaisir de co-écrire avec Corinne Grenier. Bernard Belletante avait d’ailleurs pris soin de répondre.

Pour définitivement tordre ici le cou à une (bad) idée trop vite reçue, il ne s’agit nullement de défendre le principe que, dans le domaine du management, les institutions pourraient se passer de la recherche. Je m’en suis expliqué dans cette interview donnée à Cécile Peltier de l’Etudiant ou encore à Olivier Rollot. Non, militer pour une recherche de langue française vivante, ouverte, généraliste, soucieuse de dialogues avec l’ensemble des domaines philosophiques, politiques et scientifiques, ce n’est pas « renoncer à la recherche ». C’est simplement pointer les dérives d’un système qui a fait reine la seule publication de langue anglaise gouvernée par des supports ultraspécialisés, alimentant et valorisant de fait les seuls comportements personnels et institutionnels ultra-ultitaristes.

Pourtant, comme Alain-Charles Martinet a écrit dans la Revue Française de Gestion en 2016 :

« Sauf à renoncer à sa raison d’être, à se cramponner à une épistémologie incongrue, la recherche en stratégie ne peut durablement se fourvoyer à brosser cm2 par cm2 un monde passé, sédimenté, enterré, comme le ferait un archéologue, pour en expliquer des performances elles-mêmes dépassées, et ce d’autant moins qu’elle occulte délibérément l’historicité de son objet, tout obsédée qu’elle est de dégager des lois généralisables, extraites du temps et de l’espace, condition rhétorique certes nécessaire pour laisser croire à leur validité prédictive, quand bien même elles en sont le plus souvent dépourvues épistémologiquement ».

Puisque la capacité à débattre est au principe et au cœur de la vie scientifique, les initiés apprécieront à leur fair value le diagnostic d’Alain-Charles Martinet comme la prescription d’un nouveau mai 1968 formulée par Aurélien Rouquet.

Présentation d’Aurélien Rouquet

Aurélien Rouquet est professeur de Logistique et Supply Chain Management à NEOMA Business School. Ingénieur de l’Ecole Centrale de Lille, titulaire d’un M.Sc. de Cranfield University, Docteur en Sciences de gestion de l’Université Aix-Marseille.

Il est membre du Centre de Recherche sur le Transport et la Logistique (CRET-LOG) de l’Université Aix-Marseille, du bureau de l’AIRL-SCM (Association Internationale de Recherche en Logistique et Supply Chain Management) et de l’association EurOMA (European Operations Management Association).

Ses recherches portent notamment sur le Pilotage des supply chains, les Logistiques déployées par les individus durant leur consommation et sur les Comportements déviants des clients. Elles ont été publiées au cours des dernières années dans des revues comme Recherche et Application en Marketing, International Journal of Operations and Production Management, International Journal of Physical Distribution and Logistics Management.

L’interview d’Aurélien Rouquet