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Une femme amuse des jeunes enfants, assis autour d'une table
La pandémie a mis à rude épreuve les gestionnaires des services de garde à la petite enfance. Ils se sont sentis stressés et isolés. Shutterstock

Les gestionnaires de CPE ont vécu beaucoup de stress depuis le début de la pandémie. Voici comment mieux les soutenir

Depuis mars 2020, la pandémie de Covid-19 a sévèrement touché les services de garde éducatifs à l’enfance (SÉGE) du Québec qui ont dû réorganiser leur mode de fonctionnement pour respecter les mesures sanitaires. De la gestion des espaces, aux équipements et au personnel en passant par les horaires et l’accueil, les répercussions ont été majeures tant pour les enfants, les relations avec les parents que pour les gestionnaires.

Une première étude exploratoire menée au printemps 2020 par notre équipe de recherche auprès de CPE de la Montérégie révélait déjà une diminution du niveau de bien-être et une augmentation significative du niveau de stress chez les gestionnaires. Ce constat était préoccupant, car même si cet état de stress a été provoqué par la pandémie, des études démontrent qu’il peut devenir chronique.

De plus, de nombreux membres du personnel éducatif des SÉGE se disaient épuisés et envisageaient alors sérieusement de quitter la profession ou l’ont déjà fait. Ce phénomène n’est pas unique au Québec. S’il advenait une pénurie de main-d’œuvre parmi les gestionnaires, cela aurait des conséquences dramatiques pour l’ensemble de la population qui dépend des services de garde pour la conciliation travail-famille. Dans ce contexte, il devenait indispensable de se préoccuper du bien-être au travail des gestionnaires. C’est pourquoi, en février 2021, des membres de notre équipe « Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance », affiliées à l’UQAM, l’UQO et l’Université Laval, ont amorcé une étude longitudinale sur le bien-être au travail des gestionnaires de CPE.

Quatre indicateurs de bien-être

L’objectif de notre étude était d’évaluer le niveau de bien-être au travail des gestionnaires un an après le début de la pandémie. Pour ce faire, 327 gestionnaires (97,5 % de femmes) provenant des 17 régions administratives du Québec ont rempli un questionnaire en ligne (Lime Survey) comprenant 143 questions visant à documenter les indicateurs de bien-être au travail suivants :

1) L’autocompassion, qui est caractérisée par la présence de bonté envers soi-même (être bienveillant et compréhensif plutôt que critique ou sévère), l’humanité commune (considérer son expérience comme faisant partie de l’expérience humaine commune plutôt qu’isolée) et la pleine conscience, soit être attentif à son expérience du moment présent plutôt que dans le passé ou le futur.

2) L’épuisement professionnel, qui est un état psychologique d’épuisement émotionnel et mental, de dépersonnalisation ou de cynisme menant à l’indifférence ou à une attitude distante quant au travail ainsi qu’à une inefficacité professionnelle issue d’une évaluation négative des performances professionnelles et une faible estime de soi.

3) Les symptômes dépressifs, qui concernent des sentiments de désespoir, une irritabilité, une moindre énergie et des difficultés de concentration.

4) Le stress au travail, qui est caractérisé par un ensemble de réactions traduisant un décalage entre les demandes et les pressions exercées sur l’employé ainsi que ses connaissances et capacités.

Stress et dépression

Nos résultats préliminaires indiquent que certains indicateurs sont plus négativement affectés par la pandémie.

Ainsi, plus de la moitié des gestionnaires (52,1 %) rapportaient des niveaux élevés d’isolement et le tiers se montraient sévères envers elles-mêmes (30 %). Un tiers (29 %) des répondantes rapportaient un sentiment de dépersonnalisation. Toutes indiquaient ressentir un faible niveau d’accomplissement au travail, composante liée à la motivation et au sens accordé au travail.

Par ailleurs, nos résultats révèlent que 12,3 % d’entre elles manifestaient des symptômes dépressifs au niveau clinique. Près de 80 % des gestionnaires de CPE ont rapporté des niveaux de stress considérés comme moyens ou élevés au début de l’année 2021 (7 % stress élevé ; 71,6 % stress moyen). Parallèlement, les données recueillies par l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) pendant la crise sanitaire auprès de la population générale indiquent que 16 % à 17 % des personnes éprouvaient de la détresse psychologique, tandis que 18 % rapportaient un niveau de santé mentale moyen à mauvais et 16 % soulignaient la présence de symptômes d’anxiété modérés à sévères.

L’importance de mettre en place des mesures de prévention

D’une manière générale, les nombreuses adaptations liées à la pandémie ont eu un effet majeur sur le rôle des gestionnaires. Le temps consacré à l’application des mesures sanitaires a réduit celui disponible pour les tâches régulières, telles que le soutien pédagogique, l’encadrement des équipes de travail et le suivi de la qualité.

Ceci peut expliquer le faible niveau de sentiment d’accomplissement rapporté par les gestionnaires, le niveau élevé de stress et le sentiment d’isolement associés aux difficultés rencontrées. La forte charge d’exigences liée au contexte pandémique est également à prendre en compte pour comprendre ce sentiment d’isolement accru.

Ces données récoltées un an après le début de la pandémie démontrent l’urgence de mettre en place des mesures pour prévenir la détérioration du bien-être au travail des gestionnaires des CPE, qui pourrait affecter leur santé mentale à long terme. Ceci est d’autant plus important qu’ils continueront à gérer les CPE dans un contexte pandémique ou post-pandémique pendant les prochains mois.

D’ailleurs, les membres de notre équipe de recherche préparent une nouvelle collecte de données ces jours-ci, afin d’approfondir notre compréhension sur les éléments qui affectent le bien-être des gestionnaires, de manière à proposer des pistes pour mieux les soutenir.

Afin de bonifier le niveau de bien-être des gestionnaires, une avenue intéressante consisterait en l’accompagnement de ces derniers, par exemple en mettant en place des rencontres régulières entre pairs. Cela leur offrirait un soutien social susceptible de réduire l’isolement, le stress et le faible sentiment d’accomplissement et d’augmenter le niveau de bien-être général. Lorsqu’elles sont conçues de manière à aborder spécifiquement la gestion du stress et les moyens de développer l’autocompassion, les rencontres d’accompagnement [hausseraient le niveau de bien-être des participants], ce qui en fait un outil de résilience pertinent dans le contexte actuel.

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