Régionales 2015 : sept situations très contrastées

Les partisans du Front national célèbrent leur victoire le 6 décembre au Pontet (Vaucluse) Boris Horvat / AFP

En Pays de la Loire, la donne est encore incertaine

La région des Pays de la Loire, à la fois urbaine et rurale, à la fois traditionnelle et progressiste, à la fois maritime et agricole, n’est pas modifiée par la réforme territoriale. Avec ses presque 4 millions d’habitants, dont beaucoup résident sur Nantes-Saint-Nazaire, Le Mans, Angers, Laval et La Roche-sur-Yon, elle est démographiquement et économiquement dynamique. Elle est située à gauche depuis 2004 et dirigée par le socialiste Jacques Auxiette. Le FN n’y est pas vraiment en mesure de chahuter les deux camps historiques. la région pourrait passer à droite ce dimanche 13 décembre au soir dans la logique 1) de ses départements gagnés par Les Républicains (ex-UMP) en mars 2015 lors des élections départementales et 2) de la poussée de la droite et du centre dimanche 6 décembre dernier.

En effet, les résultats du premier tour des élections régionales montrent la poussée de la liste Union de la droite et du centre (Les Républicains – Union des Démocrates et Indépendants) menée par Bruno Retailleau qui est arrivée largement en tête avec 33.49 % des voix. Ensuite viennent les 25.75 % du PS (Tous unis pour les Pays de la Loire, la gauche et les écologistes avec Christophe Clergeau, Union de la gauche, tête de liste M. Christophe Clergeau), les 21.35 % du Front national (tête de liste M. Pascal Gannat), les 7.82 % d’EELV (Partageons plus qu’une région, Europe Écologie Les Verts, tête de liste Sophie Bringuy), les 4.09 % de DLF (Debout la France tête de liste Cécile Bayle de Jessé) et les 3,33 % du Front de gauche (Tête de liste A. Pagano). De plus, quatre autres listes (régionaliste, extrême gauche, diverse) ont obtenu moins de 2 % chacune. Dès lors, seules les quatre premières listes citées peuvent se maintenir pour le second tour du 13 décembre.

Nous pouvons détailler sommairement ces résultats sur le fond et sur la forme.

Sur le fond, on peut noter la forte participation au scrutin (quasiment 50%), le recul de la gauche (notamment du PS) sur l’ensemble de la région excepté certaines villes, une progression certes sensible mais non significative du FN, le rajeunissement (autour de quinquagénaires comme Bruno Retailleau ou Christophe Clergeau) des ténors de l’offre politique et enfin la persistance du débat sensible et clivant autour du désormais fameux projet d’aéroport au nord de Nantes à Notre Dame des Landes.

Sur la forme, contrairement à la Bretagne voisine, en fin de journée du lundi 7 décembre, un accord de rassemblement entre le PS et EELV a été finalement signé. Cet accord change la donne car il a pour résultat 1) que 24 candidats EELV pourront figurer sur la liste fusionnée du second tour et 2) qu’une nouvelle étude – non suspensive – sur le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes sera lancée en début de mandat en cas de victoire et à laquelle participeront «les pour et les contre» selon les déclarations du socialiste Christophe Clergeau sur le plateau de France3. Les réponses de Bruno Retailleau sur le même plateau insistent sur l’ambiguïté de cette étude qui «signerait la mort du projet» et qu’il condamne en rappelant que son camp (LR-UDI) y est totalement et clairement favorable

L’issue du second tour est incertaine et les deux têtes de liste ont leur chance depuis la fusion de lundi soir. La semaine qui arrive verra donc de sérieuses confrontations entre Droite et Gauche sachant que le FN n’est pas en mesure de gagner la région. Néanmoins, il apparaît que la question-clé du projet « Notre Dame des Landes » sera clairement omniprésente – porté par la Droite, fraîchement nuancée par le PS/EELV et, récemment, repoussé par le FN « ni ZAD, ni Aéroport » – comme les électeurs locaux en ont l’habitude depuis maintenant 10 années. La balle est dans le camp des électeurs qui devraient à nouveau se déplacer massivement dimanche prochain…

Nord-Pas-de-Calais-Picardie : le FN aux portes du pouvoir

Le premier tour des élections régionales dans la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie a été très favorable au Front national (40,64 %), en dépit d’une participation plus élevée de 10 % (54,8 %) par rapport à 2010 qui avait fait croire à une mobilisation de dernière minute des électeurs de gauche. La victoire du FN, sans doute amplifiée par les attentats du 13 novembre et par la crise migratoire et son « symbole » régional que constitue la « jungle » de Calais, prolonge en l’amplifiant une progression régulière aux diverses élections depuis 2012.

Le FN avait emporté les Européennes en 2014, le premier tour des Départementales en 2015 et gagné deux villes aux municipales de 2014. Cette fois, Marine Le Pen, en obtenant plus de 900 000 voix, triple son score des régionales de 2010 et devance de 350 000 voix Xavier Bertrand, le leader de la liste LR/UDI/MODEM, dont le résultat (24,96 %) est inférieur au total habituel des voix de la droite républicaine dans la région.

La gauche, de son côté, paye à la fois sa division au premier tour et, sans doute, le rejet massif des politiques gouvernementales. Le total de la gauche (PS 18,12 %, PCF/FG 5,32 % EELV/PG 4,83 %) est inférieur au total de la seule liste socialiste en 2010. Les candidats n’ont pas été en mesure de régionaliser les enjeux et ont été pris au piège d’une campagne finalement nationale dans laquelle leur faible notoriété, opposée à celles de Marine Le Pen et de Xavier Bertrand, a sans doute accentué leur « décrochage ».

Le retrait du candidat socialiste Pierre de Saintignon, faisant suite aux injonctions nationales du PS, conduit à l’élimination pure et simple de l’ensemble de la gauche et à sa disparition de l’hémicycle régional. Le moment politique actuel est donc doublement historique : la gauche quitte l’assemblée régionale sur un territoire pourtant longtemps acquis, et le Front national est en situation d’emporter l’élection et de diriger la Région Nord-Pas-de-Calais/Picardie fort de près de 100 élus.

Le second tour s’annonce, en effet, très difficile pour la droite républicaine. Le Front national sait pouvoir compter sur un électorat nombreux et fidèle qui reproduira très probablement son vote. Xavier Bertrand, lui, doit réussir la performance de rallier sur son nom l’essentiel des électeurs de gauche – du PS jusqu’au PC –, ce alors même qu’il a toujours défendu une ligne aux antipodes de l’esprit d’ouverture incarné par ses alliés centristes et par la sensibilité gaulliste de LR.

Seuls un haut niveau de report de voix de la gauche vers Xavier Bertrand et/ou une mobilisation supplémentaire d’abstentionnistes du premier tour peuvent priver Marine Le Pen de sa victoire. Ceci sans prendre en compte le fait qu’elle dispose probablement encore d’une légère réserve de voix et peut dépasser, le 13 décembre, la barrière symbolique du million d’électeurs.

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : second tour serré pour une victoire de la gauche ?

Comme dans de nombreuses autres régions, le FN est arrivé en tête. Par comparaison avec les régionales de 2010, le regain de participation enregistré dans certains départements, tel le Gard, semble avoir largement profité au parti d’extrême droite. Pourtant, deux enseignements sont à tirés de ce premier tour. Tout d’abord, malgré sa forte progression et son score dépassant les 30 % de suffrages exprimés, le FN ne devrait pas emporter la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Celle-ci devrait rester rose… grâce, notamment, à l’ancienne région Midi-Pyrénées.

Malgré le score élevé réalisé par Louis Alliot, le candidat FN, la seconde plus vaste région de la France métropolitaine pourrait bien rester à gauche à l’issue du second tour. L’état des forces à gauche dans cette région reste assez atypique. D’une part, il s’agit d’une des rares régions, avec la Normandie et l’Ile de France, dans laquelle le PS-PRG se place en deuxième position ; dans les autres régions métropolitaines, il finit très souvent troisième (7/13) et plus exceptionnellement premier (3/13).

D’autre part, c’est aussi l’une des rares régions à être, au soir du premier tour, en situation de potentiel quadrangulaire. Le score réalisé par Gérard Onesta, chef de file de la liste « Nouveau Monde en commun », bien qu’en deçà des prévisions sondagières, lui permet – avec 10,3 % des voix – d’être qualifié pour le second tour. Ayant réussi à rassembler – fait suffisamment exceptionnel pour être souligné – EELV, le Front de Gauche, le PCF, le Parti de Gauche, la nouvelle gauche socialiste et le parti occitan –, cette formation arc-en-ciel de gauche a, bien qu’elle semble avoir pâti du vote utile, fait un score suffisamment important pour pouvoir peser sur le second tour.

Cependant, pour permettre à la gauche d’emporter la région, la fusion entre les deux listes Delga (PS) et Onesta s’est imposée et c’est la liste « Notre Sud en commun » qui se présentera dimanche 13 décembre. Toutefois, l’issue de la triangulaire – avec le maintien de la liste de Dominique Reynié (LR) – n’est pas assurée. La participation et une large mobilisation des électeurs de gauche resteront des conditions à remplir pour que le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées reste à gauche.

Un ex Midi-Pyrénées rose, un ex-Languedoc-Roussillon brun : l’analyse des résultats du premier tour par départements laisse apparaître que les pourtours des deux anciennes régions correspondent à deux cartes assez distinctes. Pour le dire vite, l’ancien Midi-Pyrénées serait plutôt rose (c’est-à-dire aurait placé en première position la socialiste Carole Delga), tandis que l’ancien Languedoc-Roussillon serait plutôt brun, le FN étant arrivé en tête. La liste de Dominique Reynié (LR) perturbe quelque peu cette répartition puisqu’elle réalise ses meilleurs scores et le place en pole position dans deux départements : l’Aveyron et la Lozère, soit le département duquel est issu le chef de file. Pour Philippe Saurel (Divers gauche) aussi l’ancrage territorial ne semble avoir joué que dans l’Hérault puisque c’est le seul département dans lequel le maire de Montpellier franchit la barre des 10 %, et encore se classe-t-il en quatrième position.

Auvergne-Rhône-Alpes : combat frontal entre Jean-Jacques Queyranne et Laurent Wauquiez

Comme le laissaient prévoir les sondages, Laurent Wauquiez (tête de liste Les Républicains, UDI, Modem) est en tête de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes avec 31,7 % des suffrages exprimés. Ce très bon score est dans la ligne du scrutin départemental de mars 2015, où la droite avait remporté 10 départements sur 13. En deuxième position, le FN (25,5 %) est ; comme partout, en très forte hausse par rapport aux régionales de 2010 où il avoisinait les 13 %. La liste PS de Jean-Jacques Queyranne peut sembler faire un mauvais résultat puisqu’elle n’est que troisième de la compétition avec 23,9 %. Mais elle ne perd qu’environ 2 points par rapport à 2010, alors que le contexte de vote sanction à l’égard du gouvernement aurait pu l’affecter davantage. C’est la gauche de la gauche qui est la grande perdante de ce premier tour : alors qu’elle obtenait plus de 24 % en 2010, elle ne recueille, cinq ans plus tard, que 12,3 % (6,9 % pour EELV et le Parti de gauche, 5,4 % pour le PCF).

Les résultats varient sensiblement d’un département à l’autre. Alors que l’abstention dans la région est proche de son niveau national, la Haute-Savoie et la Métropole lyonnaise participent très peu à ce scrutin, selon un tropisme régulièrement observable. Laurent Wauquiez, lui, atteint des records dans son fief de Haute-Loire, ainsi que dans le Cantal. Le Front national fait son meilleur score dans l’Ain et dans certaines communes populaires de banlieue, mais il réussit moins bien à la fois dans le centre des grandes agglomérations (20,5 % dans la métropole lyonnaise, 15,8 % à Grenoble) et dans les zones rurales d’Auvergne. Les listes PS du président sortant obtiennent des résultats assez homogènes, plutôt élevés dans les grandes villes (28,7 % dans l’agglomération de Lyon, 30,7 % à Grenoble), plus faibles là où la droite est la mieux implantée (Haute-Loire, Haute-Savoie, Rhône). L’alliance entre EELV et le Parti de gauche perd tout particulièrement là où elle avait ses zones de force. Son meilleur score est dans l’Isère avec seulement 8,9 % des voix. Le PCF baisse, mais conserve en partie sa « zone de meilleurs scores » du Puy-de-Dôme et de l’Allier.

Résultats par départements du premier tour. Ministère de l’Intérieur
Ministère de l’Intérieur

Ces résultats annoncent un second tour avec une triangulaire très ouverte entre les listes de Laurent Wauquiez et celles de Jean-Jacques Queyranne. Sur le papier la gauche totalise 37,5 % et la droite 37,1 %. Pour l’emporter, la qualité des reports de voix sera très importante, même si les électeurs des petites listes de gauche et de droite n’iront certainement pas tous voter pour le candidat de leur camp restant en compétition. Et évidemment, certains abstentionnistes du premier tour peuvent se mobiliser au second, tandis que certains électeurs du premier tour peuvent faire défection au second ! Dans ce contexte très serré, il va certainement y avoir, encore plus que pour le premier tour, des mises en cause très frontales de l’adversaire et hélas, pas beaucoup de débats de fond sur les programmes pour construire cette nouvelle région.

La Bourgogne-Franche-Comté dans le triangle des Bermudes ?

La Région BFC (Bourgogne-Franche-Comté) n’a pas failli à son histoire : elle reproduit brutalement, en les accentuant, les mouvements qui traversent la France politique. Avec une participation plus forte que prévu et légèrement plus élevée qu’en France, elle a placé nettement en tête le FN (31,5 %) qui devance largement la liste LR-UDI (24 %), laquelle précède elle-même d’extrême justesse la liste conduite par les socialistes (23 %). A l’exception à droite de Debout la France, aucune liste ne franchit la barre des 5 % nécessaires pour prétendre à une fusion.

On savait le FN en pleine expansion, notamment dans les zones rurales où l’écart en sa faveur est encore plus large : il gagne 24 812 voix par rapport aux départementales. On savait la gauche en déclin : elle totalise 31,52 % et perd près de 37 000 voix. On pressentait la droite affaiblie : elle recule à 33,35 % (perdant 42 368 voix).

Nous voici en plein scénario catastrophe. La liste LR-UDI effectue un score très bas, pénalisée qu’elle est à la fois par l’abstention et par l’expansion d’un FN en tête dans 7 départements sur 8. En revanche, la liste du PS fait plus qu’annoncé par les sondages : elle bénéficie d’un vote utile direct, au détriment du FG et des Écologistes, et d’une partie (moindre que le FN) de la participation accrue. L’écart très faible enlève à l’un ou à l’autre toute vraie légitimité à exiger unilatéralement le monopole du combat au second tour. D’autant que, de part et d’autre, les reports potentiels sont trop modestes ou trop incertains pour garantir une suprématie incontestable à l’un des deux camps. D’autant, aussi, que l’on connaît maintenant la capacité du FN à surmobiliser son électorat.

Perte d’altitude des deux grands partis de gouvernement sur le triangle des Bermudes dessiné par la triade sulfureuse. Il ne reste donc que deux solutions pour sortir de l’impasse : soit l’espoir d’une ample mobilisation électorale étayée sur un hypothétique sursaut du corps électoral, soit l’application d’un principe de retrait du troisième, afin d’éviter une triangulaire. Jusque-là, celle-ci profitait au PS ou au LR, mais on sait désormais qu’elle peut jouer en faveur d’un FN passé du statut de tiers perturbateur à celui de meneur de jeu.

En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine : la victoire du FN

L’une des premières surprises du scrutin est la participation relativement élevée, en région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, comme dans beaucoup d’autres régions et au niveau national (43,01 %, contre 39,29 % en 2010). Certes, avec 41,39 % au sein de la région ACAL, la participation demeure moindre qu’au niveau national. C’est là une tradition bien ancrée dans les départements de la grande région où la participation est moins importante qu’en France depuis 1986 : l’écart évolue pour chaque élection entre -1,4 et -4,1 points par rapport aux résultats de la France métropolitaine (-3,8 aux élections de 2010). On notera aussi que des différences existent selon les départements et les sous-régions : comme d’habitude, l’Alsace est la plus civique, suivie de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne. Parmi les départements on remarquera que les moins civiques sont la Moselle et les Ardennes, où le FN obtient aussi des meilleurs scores.

Le succès du FN était annoncé. Et, de fait, la grande région ACAL est l’une des six à voir le FN en tête (36,06 %). Le résultat était en effet envisagé depuis plusieurs sondages, et le parti de Marine Le Pen a toujours été mieux représenté dans les régions du Grand Est que dans la France métropolitaine. Notamment en Alsace où, depuis 1986, l’extrême droite recueille un score dépassant son résultat national (entre +6 et 11,8, et +6,1 en 2010). Le FN est en tête dans l’ensemble des départements, on remarquera que la liste conduite par Florian Philippot dépasse les 40 % en Meuse, dans l’Aube, dans la Haute-Marne – des territoires plutôt ruraux, mais aussi marginalisés et souffrant d’une image de déclassement. Intégrés dans cette nouvelle région, ils apparaissent encore plus sinistrés sur le plan économique et social.

Ce succès du FN peut être interprété diversement. Résultat d’une nationalisation du scrutin, notamment depuis les attentats du 13 novembre, il exprime peut-être, notamment en Alsace, la dimension artificielle de la région, qui a été largement rejetée – dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin –, mais aussi un sentiment de déclassement des régions les plus désertifiées, notamment dans la Champagne-Ardenne et en Meuse. De ce point de vue, le résultat est ambivalent si l’on considère que Florian Philippot se situe plutôt dans le registre du nationalisme étatiste éloignée des préoccupations régionalistes. En outre le candidat, peu présent sur le terrain, a surtout bénéficié de son image parisienne de numéro deux du FN.

L’échec annoncé de la gauche socialiste est confirmé : elle arrive en troisième position (16,1 %) dans la totalité des départements, excepté en Meurthe-et-Moselle. C’était, d’ailleurs, le seul territoire resté à gauche lors des élections départementales, où elle se situe aujourd’hui à la seconde place derrière le FN. L’échec des écologistes et de l’extrême gauche apparaît aussi très net. La droite classique, qui se situe en deuxième position, ne s’effondre pas, mais obtient un score légèrement inférieur (25,8 %) par rapport à son score national – ce qui est rare – du fait de la percée de Florian Philippot.

Une forme de régionalisme se manifeste en Alsace, comme il s’était déjà exprimé par le passé, notamment en 1998 et 2004, avec une audience assez élevée dans le Haut-Rhin, en troisième position avec 10,6 %. La liste « Non à l’ACAL Oui à nos régions » est également en troisième position avant le PS, dans le Bas-Rhin avec 12,6 %. Les régionalistes, mais aussi la droite alsacienne, avaient clairement refusé le découpage de la nouvelle région, perçu comme un mode de dissolution de l’unité alsacienne.

La tête de liste socialiste Jean-Pierre Masseret a réaffirmé son souhait de se maintenir au second tour, à la différence de ses homologues de la gauche dans la région du Nord et PACA. Mais sa position pourrait évoluer, compte tenu des pressions partisanes nationales et des tiraillements régionaux des grands élus socialistes. Le maire PS de Strasbourg demande ainsi le désistement, tout comme président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. De son côté, Jean-Pierre Bachy, ancien président (non-candidat) de Champagne-Ardenne, plaide pour le maintien. Et la liste EELV-PRG-MEI, conduite par Antoine Waechter et Sandrine Bélier, souhaite une liste de « grande coalition socialiste, républicaine et écologiste ». Ce qui pourrait les conduire à rejoindre la liste Jean-Pierre Masseret, ou de fusionner avec celle de Philippe Richert. Reste que ce dernier ne le souhaite pas et qu’il n’y a d’ailleurs pas véritablement intérêt, compte tenu du rapport de forces existant. Il rejette donc en bloc une fusion et a fortiori un retrait. Enfin, Nadia Hoog, pour les Régionalistes, a appelé à voter blanc.

La Corse en pleine fragmentation partisane

Comme attendu, et quoique bien plus élevée que sur le continent, la participation de 59,66 % est plutôt basse pour ce type d’élections en Corse. Toutefois, en 2010, la participation avait augmenté de 6,63 % au second tour, et la conquête de nouveaux électeurs constitue évidemment un enjeu crucial.

La surprise de ce premier tour réside dans le résultat du président sortant, Paul Giacobbi, très supérieur à celui que lui donnaient les sondages. D’un côté, il faut y voir la difficulté de sonder ce type de listes, bâties sur des agrégations d’élus locaux, et dont les résultats varient incroyablement d’un lieu à l’autre. D’un autre côté, du fait de la forte avance donnée aux nationalistes de Femu a Corsica, ces sondages ont probablement généré un effet de vote utile à gauche. Si Paul Giacobbi est favori pour la victoire finale, son potentiel d’alliances, en revanche, est désormais très réduit puisqu’il ne peut guère fusionner qu’avec le Front de Gauche, hostile au principe même de la collectivité unique.

Résultats du premier tour en Corse. André Fazi/DR

Le deuxième grand constat est dans l’arrêt de la progression des nationalistes, qui retrouvent leur résultat de 2010 tout en étant plus divisés. Le troisième consiste dans les effets décisifs de la fragmentation partisane, notamment sur les socialistes qui ont préféré se détacher de Paul Giacobbi (Divers gauche), et qui sont privés de second tour.

Notons, enfin, que la prime majoritaire étant moins importante que sur le continent (18 % contre 25 % des sièges), constituer une majorité stable est d’autant plus ardu. Considérant la tripartition de l’espace politique, on ne peut guère imaginer qu’un bloc réunisse les quelque 40 % des voix indispensables à l’obtention d’une majorité absolue, et les progrès du FN constituent un nouveau facteur d’incertitude. Finalement, la continuité à la tête de la collectivité est l’hypothèse majeure, mais le fonctionnement de l’institution devrait aussi demeurer fondé sur des équilibres particulièrement complexes.

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